HTKM Historique

Le travail de recherche
du Professeur Yvette PARÈS

Le Professeur Yvette Parès, arrivée à l’Université de Dakar en 1960,  a d’abord travaillé à des recherches en microbiologie du sol pour l’industrie minière, recherches  qui lui ont permis d’obtenir des données intéressantes sur la biologie d’un groupe particulier de bactéries, les Mycobactéries. Devenue médecin, elle commença en 1969 des recherches sur l’agent pathogène de la lèpre, le Mycobacterium leprae, qu’elle réussit à mettre en culture.

Le Docteur Yvette Parès était au contact fréquent des patients atteints de lèpre dont la situation était dramatique : malades défigurés, paralysés, mutilés, porteurs d’ulcérations, de maux perforants plantaires… Il apparaissait que la chimiothérapie (sulfones, sulfamides retard)   – administrée au cours de nombreuses années – n’avait pu enrayer l’évolution de la maladie. Au cours des années 1976-1978, des antibiogrammes pratiqués montrèrent l’efficacité des plantes réputées anti-lépreuses majeures.

Ainsi naquit l’idée de collaborer avec des thérapeutes africains réputés dans le traitement de la lèpre. Mais comment effectuer cette démarche ? Comment ce savoir traditionnel pourrait-il être transmis à une étrangère formée à la culture médicale occidentale ? L’approche des thérapeutes traditionnels fut facilitée par le responsable du jardin botanique de la Faculté des Sciences de Dakar – Yoro Bâ – qui permit à Yvette Parès de rencontrer un thérapeute peul, très âgé et de très grande renommée, Dadi DIALLO, qui, en décembre 1979, accepta de quitter son village et de venir s’installer dans les environs de Dakar pour enseigner les traitements de la lèpre au Professeur Parès.

HTKM et le traitement de la lèpre

En 1980 fut créée une structure de soins… Grâce à une subvention du Président Léopold Sedar Senghor, des maisons furent louées loin des habitations à Ouakam, puis à Cambérène, quartiers excentrés de Dakar. Malgré cet éloignement, la présence des lépreux indisposait et il fallait fuir l’hostilité des habitants. Ce fut dans un lieu écarté en brousse, sur les décombres d’une colonie agricole désaffectée, que le Professeur Yvette Parès, Dadi Diallo et Yoro Ba trouvèrent le lieu idéal pour installer le Centre de soins Antilépreux de Keur Massar.

 

Le Centre anti-lépreux de Keur Massar

Ce centre anti-lépreux – qui deviendra l’Hôpital Traditionnel – se voit attribuer par le Président Abdou Diouf environ 80 hectares de terre autour des bâtiments à Keur Massar. Il était relativement isolé au cœur d’une zone verte comprenant des zones cultivées (zones maraîchères, vergers de manguiers) et « la brousse » avec ses espèces sauvages tant au niveau de la flore que de la faune, zone qui constituait les terrains de récolte des plantes médicinales.

Les malades accueillis étaient généralement tous dans un état grave et un stade avancé de l’affection. Les traitements de Dadi Diallo s’avérèrent efficaces. Un grand lien de confiance s’établit entre le tradipraticien et Yvette Parès. Des œuvres caritatives étrangères (en particulier le réseau de Caritas, Action Canchanburry, etc.) et des bonnes volontés  apportèrent leur soutien.

L'arrivée de thérapeutes de plusieurs ethnies

D’autres thérapeutes, élèves de grands maîtres – Magueye Ngom, disciple de Tié Codou Ngom ; Abdoulaye Faty, disciple de Kemo Barro ou grands maîtres eux-mêmes tels que Ahmet Diaw ou Hamady Sylla –  vinrent se joindre à l’équipe, venant de différentes contrées du Sénégal, avec leurs spécialités et l’usage de plantes différentes.

En 1984, pour répondre aux nombreuses demandes, des consultations externes de médecine générale furent ouvertes. En 1985, le centre, très agrandi, prend le nom d’Hôpital Traditionnel de Keur Massar.

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L'Hôpital en l'an 2000 et en chiffres

  • Des infrastructures hospitalières : 5 pavillons représentant 142 chambres et 3 dortoirs, 1 bâtiment de soins infirmiers pour adultes, 1 bâtiment de soins infirmiers pour enfants

  • Des infrastructures pour les consultations externes : 6 cabinets de consultations, pharmacies d’approvisionnement journalier, salles de pansement, salles de massage

  • Des infrastructures pharmaceutiques : laboratoire, pharmacie, local de séchage des plantes, magasin de stockage des plantes, local de pilage, stockage et mélange de poudres médicinales, local pour le lavage des bouteilles et leur stockage…

  • Autres infrastructures : 1 grande cuisine, 1 salle réfectoire, 1 magasin pour le stockage des vivres, 1 salle de couture, 1 école de 6 classes primaires

  • Personnel médical : 5 thérapeutes traditionnels et leurs disciples

  • Personnel paramédical : infirmiers traditionnels, masseur, secrétaire d’accueil

  • Autres personnels : 2 techniciens pour machine à piler, 4 pileuses, 6 récolteurs de plantes, 1 laveuse de bouteilles, 1 jardinier, 3 femmes de service, 8 lavandières, 4 gardiens, 6 cuisinières, 7 aides cuisinières, 1 magasinier, 1maçon, 1 tailleur, 1 chauffeur, 1 charretier, 6 vendeuses en pharmacies externes en ville, 1 gestionnaire des pharmacies externes

  • 5 instituteurs 

  • Soit un total de 78 personnes aux côtés d’Yvette Parès (année 2000)
    En outre, Yvette Parès recensait 98 adultes et 142 enfants malades provenant des villages de lépreux. Soit un total de 240 personnes hébergées, logées, soignées, nourries, blanchies et/ou éduquées à Keur Massar.

L'activité pharmaceutique

Une intense activité pharmaceutique permettait de répondre aux divers besoins des adultes hospitalisés pour la lèpre et dermatoses graves et ceux des enfants pour traitement préventif et curatif de la lèpre et autres affections (bilharzioses, parasitoses diverses, dermatoses, paludisme, faiblesse cardiaque) ainsi que les médications pour toutes les maladies de médecine générale en consultations externes.

Des médicaments étaient distribués à l’extérieur, dans des villages de lépreux (expéditions trimestrielles de remèdes dans trois annexes créées), auprès des malades lépreux (100 à 150) mendiant dans les rues de Dakar (apport hebdomadaire).

Plus de cent types de médicaments étaient vendus dans des petites pharmacies traditionnelles ouvertes à Dakar et dans d’autres villes.

Le volume de médicaments produits était considérable : 4 à 5 tonnes de poudres de plantes par an, 300 litres d’huiles médicamenteuses, 500 litres de vinaigres médicinaux !

2004-2006 : La pression foncière, HTKM dans la tourmente

En 2004, alors qu’Yvette Parès – désormais retraitée et malade – avait quitté le Sénégal depuis un an, l’hôpital est confronté à un redimensionnement foncier décidé brutalement par l’Etat.

Sans aucun accompagnement, cette mesure a bouleversé l’équilibre et le fonctionnement de la structure dont la surface est de 3 ha aujourd’hui. Les terrains récupérés par l’Etat ont été urbanisés et Keur Massar, située à une petite trentaine de km de Dakar, est devenue une banlieue de la capitale qui abrite environ 400 000 personnes à l’heure actuelle.

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