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Les traitements traditionnels de la lèpre au Sénégal

La médecine africaine connaît la contagiosité de la lèpre, de même que la complexité de ses manifestations. Elle déploie ses efforts thérapeutiques en de multiples directions. Des traitements sont disponibles pour toutes les formes de lèpre, toutes les lésions et désordres, y compris les troubles psychiques.

De nombreuses médications administrées par voie interne et externe permettent de s’adapter aux situations cliniques. Il est remarquable aussi que des traitements spéciaux aient été élaborés pour les femmes enceintes et que les enfants bénéficient de traitements curatifs et préventifs.
La maîtrise de toutes ces thérapies nécessite une longue formation, ainsi que des connaissances approfondies sur les vertus des plantes, les associations synergiques et complémentaires, les propriétés nouvelles conférées par certaines associations ou certains modes de préparation.
Le rétablissement d’un organisme, souvent très éprouvé et porteur de lésions graves, demande de la part du praticien et du patient une longue persévérance. Mais au terme de ces efforts, la santé revient, l’aspect physique est transformé, une vie normale peut être envisagée. Ces réalités ont été observées maintes fois à l’Hôpital Traditionnel de Keur Massar.

Les étapes de la thérapie

La thérapie antilépreuse se déroule en plusieurs étapes :

1 – Le traitement d’attaque
Il comporte une forte purgation contrôlée dont le but est l’élimination des toxines bactériennes et tissulaires accumulées au cours de la longue incubation puis de l’évolution de la maladie. Elle est arrêtée le moment venu, à l’aide d’un verre d’eau fraîche.
2 – Le traitement préliminaire
Il comprend des préparations toniques destinées à relever l’état général. Il est de courte durée mais porte rapidement des fruits.
3 – Le traitement de fond
Il s’effectue avec un changement périodique de médications, environ tous les six mois. On évite ainsi toute accoutumance des germes et les patients sont encouragés par le changement de goût des médicaments. En particulier, au Sénégal, avec la saison des pluies, apparaissent pour une courte durée des plantes herbacées antilépreuses qui entrent alors dans des compositions nouvelles.
4 – Le traitement final
Il est destiné à consolider les traitements acquis.
5 – Le traitement de sécurité
De courte durée, pour éviter les risques de rechute, il met fin à la thérapie.
Les actions des préparations médicamenteuses
Les préparations médicamenteuses agissent sur l’agent pathogène et tous les aspects de la maladie lépreuse. Elles assurent aussi l’élimination des toxines, ce qui évite le risque des « réactions lépreuses ».

Leurs vertus sont les suivantes :

  •  action antimycobactérienne
  •  action tonique
  •  action dépurative
  •  affaissement des lépromes
  •  recoloration des taches cutanées
  •  normalisation de la peau (très rugueuse)
  •  disparition des paresthésies
  •  retour progressif de la sensibilité cutanée au froid, au chaud, au tact, à la douleur
  •  régression partielle des paralysies et récupération progressive d’un bon tonus musculaire
  •  action antinévrite
  •  disparition des oedèmes
  •  guérison des ulcérations
  •  amélioration des lésions osseuses
  •  prévention des mutilations
  •  prévention des réactions lépreuses
  •  cicatrisation des maux perforants plantaires
  •  traitement des troubles psychiques

Ce bref exposé permet d’appréhender la richesse des traitements antilépreux de la médecine traditionnelle au Sénégal et leurs réponses aux différentes manifestations de la maladie.

Une question vient à l’esprit : quelle est l’origine de ces vastes connaissances dont la perfection ne peut que surprendre ?

Dr Yvette Parès, le 17.09.2009
Professeur à l’Université de Dakar de 1960 à 1992
Dr ès-science
Dr en médecine
Directrice du centre de recherches biologiques sur la lèpre de 1975 à 1992
Directrice de l’Hôpital Traditionnel de Keur Massar (Sénégal) de 1980 à 2003

L’évolution thérapeutique du paludisme : une vision pour l’avenir

Il s’agit du titre d’un ouvrage de Mme Y. Parès qui n’a pas été édité. Se basant sur toute sa culture scientifique et son expérience, Mme Parès expose l’historique du paludisme et de son évolution thérapeutique, différentes réflexions et, surtout, elle nous propose des remèdes à base de plantes de l’Europe selon le modèle appris avec son maître peul. Voici des extraits de ce livre.
Il m’a semblé qu’une comparaison entre les thérapies antipalustres anciennes et actuelles permettrait de dégager une autre vision concernant la lutte antipaludéenne et pourrait conduire à des initiatives concrètes et bénéfiques.
Depuis les temps les plus lointains, le paludisme sévit dans le monde. Les ouvrages médicaux anciens d’Asie et d’Europe décrivent les fièvres intermittentes avec leurs accès aux rythmes prévisibles.
De nos jours, quatre continents lui paient un lourd tribut. L’Europe, au cours du XIXè siècle, en était fortement éprouvée au niveau des zones marécageuses : tourbières, rizières et le long des cours d’eau. Les cas observés actuellement relèvent de séjours en zones d’endémie.
Le paludisme n’a cessé d’être un fléau redoutable. Il l’est devenu plus encore après les initiatives thérapeutiques qui ont marqué la seconde moitié du XXe siècle.

L’évolution de la thérapeutique en Europe


Au cours des siècles, l’Europe a connu les assauts du paludisme. De la mer Baltique aux rivages méditerranéens, de l’Atlantique à l’immense Russie, tous les pays dans leurs zones humides ont affronté le fléau qui sévissait chaque année en fièvres intermittentes, printanières et automnales.
Dans toutes ces régions, les savoirs populaires, les connaissances des guérisseurs et guérisseuses des campagnes, l’art des médecins leur opposaient des traitements à partir des flores médicinales de leur environnement. Au XVIIè siècle, un grand tournant se dessine avec l’introduction en Europe du quinquina, l’écorce du Pérou de la pharmacopée amérindienne. Les préparations à base de cette écorce ont alors été considérées comme les remèdes majeurs des accès palustres. Mais le quinquina, venu d’un pays lointain, à certaines époques devenait rare et d’un prix exorbitant. D’autre part, le coût normal, plus modéré, le rendait cependant inaccessible aux populations pauvres des campagnes. Disposer de succédanés devenait indispensable. Des médecins de grand bon sens estimaient aussi que chaque pays devait trouver, dans sa propre flore médicinale, les moyens de soigner les patients.

Feuilles de quinquina


Des événements importants marquent la fin du XIXe siècle : la découverte des parasites sanguins, responsables du paludisme, la mise en évidence d’un cycle vital complexe et le rôle des moustiques comme agent vecteur. Parallèlement, l’essor toujours plus intense de la chimie s’oriente vers les produits pharmaceutiques et les antipaludéens de synthèse. L’histoire du paludisme en sera bouleversée.

Réflexions sur les principes actifs

Etudier la composition chimique des plantes médicinales permet de connaître la richesse de leurs constituants et de les classer dans les familles auxquelles ils appartiennent : alcaloïdes, hétérosides, flavonoïdes, anthocyanes, tannins, terpènes, etc. Cette démarche satisfait l’esprit analytique mais n’est en rien essentielle à l’art pharmaceutique et médical. La médecine chinoise, qui dispose de plus de cent mille formules, et les médecines des autres continents avec leur vaste patrimoine thérapeutique le démontrent.
La grande erreur, initiée au XIXe siècle, a été l’extraction du « principe actif », le constituant principal, support de l’activité majeure de la plante que l’on pourrait doser, manipuler avec précision et dont on pourrait déterminer le mode d’action. Ainsi serait éliminé l’« empirisme », terme péjoratif qui méconnaît les réalités profondes mais constamment usité par l’esprit scientifique.
Cet isolement arbitraire arrache le principe actif à ses accompagnants et on rejette en même temps les capacités complémentaires de la plante médicinale. Selon la médecine chinoise, il représente l’empereur mais, privé de ses ministres, les constituants qui lui sont liés et règlent son action, il n’a plus qu’un pouvoir incomplet, déréglé, souvent brutal et à l’origine d’effets indésirables.
Rappelons ce paradoxe, la nécessité d’ajouter du tannin au sulfate de quinine et à la gentianine, pour obtenir un effet maximum.
Malgré l’observation de ces anomalies, l’hérésie persiste jusqu’à nos jours. Elle a coupé la médecine occidentale de ses racines, de la nature et elle contribue, par ailleurs, à la dévastation des flores médicinales à travers le monde.
La plante constitue un tout harmonieux. Pourquoi la soumettre à des traitements barbares, à des manipulations chimiques, coûteuses et polluantes, pour en extraire un seul constituant, avec toutes les incomplétudes, tous les défauts qui le caractérisent.
L’isolement des principes actifs a été aussi le point de départ de ce qui deviendra ultérieurement des « thérapies moléculaires », en particulier dans les domaines infectieux et parasitaire. Cette démarche portait en germe les désastres que connaîtra la seconde moitié du XXe siècle, les résistances des micro-organismes qui pèsent lourdement sur l’avenir.
La disparition du paludisme en Europe a mis un terme à l’utilisation des principes actifs extraits des plantes antipalustres. Si leur utilisation avait persisté, il est hors de doute que les Plasmodium auraient donné des souches rebelles à leur action.
On ne peut que souhaiter le retour à un usage respectueux des plantes et de leurs vertus polyvalentes. Il s’effectuerait dans une simplicité exigeant en même temps un large savoir. Les médecines traditionnelles en sont des exemples très vivants, elles auraient beaucoup à nous apprendre pour remédier aux erreurs du XXe siècle.

Les thérapies anciennes

Un long parcours au fil des siècles et dans la nature a permis de découvrir la grande diversité des traitements mis en œuvre en Europe pour combattre les fièvres paludéennes. Certains d’entre eux, comportant le suc de plantes fraîches, ne pouvaient s’appliquer qu’en zone rurale mais beaucoup d’autres modes de préparation simples convenaient en tous lieux. Ces informations venues du passé, loin d’être périmées, constituent une base sur laquelle pourraient se concevoir des thérapies naturelles adaptées aux réalités de notre époque.
L’élaboration de « cocktails » efficaces tenant compte des observations de nos prédécesseurs apporterait un renouveau à la lutte antipaludéenne. L’art pharmaceutique et médical retrouverait son âme et un véritable esprit de service. Ainsi serait repoussée la marchandisation de la santé. Cette voie est possible. Il nous appartiendrait de nous y engager et de la concrétiser. Des modèles sont proposés plus loin.

Les antipaludéens de synthèse

Après un périple fécond, au contact des richesses de la nature, l’entrée dans le XXe siècle, ère du « tout-chimie », offre pour le paludisme un contraste saisissant. On pénètre dans un désert aride où sont tapis de nombreux dangers qui vont conduire à l’explosion de l’endémie et à l’impasse thérapeutique que la science et la médecine officielle se révèlent impuissantes à surmonter.
Les laboratoires pharmaceutiques ont synthétisé un nombre restreint de molécules antipalustres. L’arrivée de ces produits fut saluée comme un grand tournant dans la lutte contre le paludisme. Prêts à l’emploi, ils pouvaient être largement diffusés dans les zones où régnait l’endémie qui serait, sinon éradiquée, du moins maîtrisée. Mais une faille ignorée existait : la capacité d’adaptation des Plasmodium face à l’adversité.

Réflexions sur les antipaludéens de synthèse

Les antipaludéens élaborés sur des bases défectueuses n’ont pas atteint l’objectif qui était visé.

  •  Les chimistes, dans un esprit très rationnel, recherchaient des molécules d’action bien ciblée : détruire les parasites selon des modalités parfaitement élucidées. Mais ce raisonnement reposait sur des notions scientifiques incomplètes. On ignorait à l’époque les phénomènes de résistance des hématozoaires : certains d’entre eux, loin d’être maîtrisés, sortaient victorieux du combat et donnaient naissance à des souches plus virulentes qui se répandaient à travers le monde.
  •  L’esprit scientifique, très réducteur, n’a considéré que le duo molécule-Plasmodium en oubliant une réalité essentielle : l’organisme humain qui pouvait présenter, lui aussi, des zones vulnérables où le produit exercerait une action nocive. C’est ainsi qu’apparaissent les effets indésirables, de gravité variable et même causes de décès. Ils viennent encore majorer pour le patient l’inconfort des accès palustres.
  •  L’efficacité très éphémère des molécules antipalustres contraste avec la pérennité d’action des plantes médicinales prescrites autrefois en Europe contre les fièvres intermittentes. Rappelons l’exemple de la camomille. Recommandée par Hippocrate, elle conserve, après deux millénaires, cette précieuse indication.
  •  Les données scientifiques concernant les antipaludéens sont nombreuses : familles chimiques, formules moléculaires, modalités de l’attaque par action sur les membranes des parasites érythocytaires ou inhibiteurs d’enzyme. Ces données, satisfaisantes pour l’esprit, font supposer un grand savoir. En réalité, elles ne sont qu’illusion trompeuse, qui diminue la force du constat d’échec thérapeutique. D’autre part, elles inhibent les sentiments de modestie qui rendraient possibles des approches salvatrices : un pas en avant vers les autres savoirs et un retour au savoir ancien de l’Europe.
  •  La science n’est pas indispensable à l’art médical. Cette évidence n’a été que trop oubliée. Nos prédécesseurs, ainsi que les praticiens de toutes les médecines traditionnelles des zones impaludées, n’ayant pour se guider que les signes cliniques, ont mis au point des traitements bénéfiques et sans danger. Par quelles voies mystérieuses y sont-ils parvenus ? Il n’y a pas de traitements « empiriques » mais seulement des traitements efficaces ou inefficaces.
  •  La prescription des antipaludéens de synthèse concerne l’accès fébrile mais aucune précision n’est donnée concernant l’intermission, les complications et les traitements de consolidation. Ces notions étaient au contraire largement prises en compte par les thérapies anciennes.
  •  La synthèse des antipaludéens implique des recherches laborieuses, coûteuses et de surcroît, polluantes par les réactifs utilisés et les résidus des réactions rejetés à l’extérieur. Ces longues manipulations n’ont abouti qu’à des molécules sans avenir et qui ont transformé paludisme, fléau plurimillénaire préoccupant, en un fléau redoutable dont le caractère meurtrier s’est fortement accentué. La médecine officielle a voulu supplanter tous les traitements appliqués traditionnellement dans les zones d’endémie. Ils ont continué de subsister dans l’ombre, sauvant des vies humaines. Leur mobilisation généralisée permettrait de remédier aux conséquences des erreurs commises au long du XXe siècle.

Propositions thérapeutiques

L’Europe, au début du XXe siècle, a vu s’éteindre le paludisme. Il semblerait donc que des propositions thérapeutiques n’auraient plus de raisons d’être mais ce serait oublier les voyageurs qui, chaque année après un séjour dans les zones d’endémie, reviennent contaminés par des souches de Plasmodium résistantes ou multirésistantes. La gravité des accès les conduit dans les hôpitaux ou les services de médecine tropicale. Malgré les soins qui leur sont prodigués, des décès sont enregistrés.
D’autres thérapies ne pourraient-elles sauver des vies humaines ? C’est dans cette optique qu’ont été élaborées diverses formules. Elles reposent sur deux bases :

  •  les succès thérapeutiques obtenus par nos prédécesseurs, Cazin et les autres médecins cités, avec les plantes antipalustres majeures et d’autres qui avaient maitrisé des fièvres intermittentes rebelles au sulfate de quinine.
  •  l’expérience acquise en médecine traditionnelle au Sénégal où l’art pharmaceutique est associé à une grande maîtrise des plantes synergiques et complémentaires.

D’autres thérapies ne pourraient-elles sauver des vies humaines ? C’est dans cette optique qu’ont été élaborées diverses formules. Elles reposent sur deux bases :
 les succès thérapeutiques obtenus par nos prédécesseurs, Cazin et les autres médecins cités, avec les plantes antipalustres majeures et d’autres qui avaient maitrisé des fièvres intermittentes rebelles au sulfate de quinine.
 l’expérience acquise en médecine traditionnelle au Sénégal où l’art pharmaceutique est associé à une grande maîtrise des plantes synergiques et complémentaires.

Les formules proposées se voudraient une alternative aux antipaludéens pour les accès résistants avec un atout supplémentaire, l’absence d’effets indésirables. Elles correspondent à plusieurs types :

  • Décoctions – Infusions – Macérations (DIM)
  •  Eaux miraculeuses
  •  Huiles essentielles
  •  Vins médicinaux

Le présent ouvrage repose sur les connaissances anciennes de l’Europe et sur une longue expérience menée au Sénégal en médecine traditionnelle africaine. Il voudrait apporter matière à réflexion pour une lutte différente contre le paludisme à travers le monde. Il voudrait aussi contribuer à porter secours aux patients européens qui reviennent gravement impaludés après un séjour dans les zones d’endémie. Des formules ont été proposées prenant appui sur les connaissances de nos prédécesseurs, le Dr Cazin et les médecins dont il a mentionné les succès thérapeutiques contre les fièvres intermittentes.

Ecologie et thérapies chimiques

PAR LE PR YVETTE PARÈS


La science veut tout comprendre, peser, compter, mesurer, reproduire. Quoi de plus simple, en thérapeutique, que de faire appel à des molécules issues de synthèses chimiques que l’on pourra doser au mg près et dont on aura déterminé les cibles et les modes d’action ? Cette théorie séduisante et apparemment d’une parfaite rigueur est démentie par la pratique.
En réalité, cette vision très réductrice, focalisée sur des points précis, oublie que ces points font partie d’un tout, l’organisme, dont on ne peut prévoir l’ensemble des réactions à court ou moyen terme. Elles se découvrent avec les effets indésirables des médicaments et les maladies iatrogènes qu’ils provoquent.
L’émergence de souches résistantes, puis multirésistantes
Considérons le cas des molécules prescrites au cours des maladies infectieuses bactériennes et virales et des affections parasitaires. Comme tous les autres produits médicamenteux, elles vont polluer l’eau mais un autre aspect retiendra notre attention : il s’agit de « l’environnement pathogène microbien » qui entoure les humains.
Les micro-organismes subissent de nombreuses variations et mutations qui demeurent inaperçues lorsqu’elles n’affectent en rien leur virulence. Il n’en est pas de même lorsqu’elles se produisent sous l’effet des antibiotiques, antituberculeux et antipaludéens de synthèse, prescrits en « thérapies moléculaires ».
Précisons, tout d’abord, cette notion. Dans ce mode de traitement, les agents infectieux sont attaqués par un type de molécule ou un groupe de deux, trois, parfois quatre types différents. Il suscite immanquablement l’émergence de souches résistantes puis multirésistantes beaucoup plus redoutables.
Une question se pose : ce caractère pathologique considérablement accru sera-t-il irréversible ou s’atténuera-t-il au fil du temps ? Aucune réponse ne peut encore être apportée.
Un autre point mérite réflexion : on peut encore guérir par thérapies moléculaires les maladies infectieuses, causées par des germes demeurés sensibles. Mais, parallèlement à la guérison obtenue, des résistances émergent sans bruit et entraîneront plus tard, pour d’autres patients, de grandes souffrances ou décès. Ces résultats satisfaisants à court terme préparent en réalité les ravages de demain. Une conclusion logique s’impose : le nécessaire abandon de ces thérapies aux effets néfastes. Mais comment combler le vide ? Où trouver les solutions de rechange ? Peut-être faudrait-il, dans un premier temps, porter notre regard sur les pratiques d’autres médecines, asiatiques, africaines, qui pourraient devenir sources d’inspiration.

De nouveaux traitements adaptés aux nécessités du présent et du futur
Munis de ces informations, la seconde étape consisterait à explorer des savoirs anciens de l’Europe. Ils détiennent des richesses inemployées. On y trouverait, de plus, les éléments de base pour l’élaboration de nouvelles formules, de nouveaux traitements adaptés aux nécessités du présent et du futur.
Les flores médicinales d’Europe offraient une large variété, des régions nordiques aux zones méditerranéennes. On peut aisément imaginer l’ampleur de la moisson qui serait réalisée dans l’ensemble des pays.

Une idée répandue en Europe, selon laquelle une maladie se soigne avec une plante, est inexacte et à rejeter. Elle témoigne seulement de la méconnaissance profonde de la complexité des pratiques traditionnelles. C’est ainsi que les médecines asiatiques et africaines associent jusqu’à douze plantes, et même davantage, et que les modes de préparation varient selon les maladies à traiter.
A titre d’exemples, tuberculoses, hépatites et autres affections virales bénéficient de remarquables traitements. Pourquoi en Europe ne pas rechercher un tel objectif qui, une fois atteint, permettrait l’abandon des thérapies moléculaires ?
Une armée redoutable plutôt qu’un combat singulier
Les traitements antiinfectieux des médecines ancestrales, venues d’un lointain passé, exercent encore de nos jours leur action bénéfique, ce qui atteste la non-émergence de souches résistantes. Comment expliquer la pérennité de ces traitements et l’action éphémère et dangereuse des thérapies moléculaires ? Une vision imagée peut rendre compte des différences observées. Au cours des thérapies moléculaires, micro-organismes et molécules s’affrontent en un combat singulier. La majorité des germes sont terrassés mais un petit nombre d’entre eux, par des mécanismes biochimiques subtils, sortent victorieux du combat et donneront les souches résistantes puis multirésistantes.
Dans le cas des thérapies traditionnelles, les agents pathogènes subissent l’attaque d’une armée redoutable, formée de la multitude des principes bénéfiques apportés par les médications complexes. Si certains microorganismes parviennent à résister à l’un de ces principes, d’autres arriveront en renfort pour les neutraliser. Telle est du moins une interprétation logique de la non-émergence de souches résistantes attestée par l’efficacité pérenne des traitements venus du passé. De plus, les plantes médicinales, par leurs vertus polyvalentes, ajoutent des effets complétant l’action anti-infectieuse : l’organisme est tonifié, les signes et désordres sont maîtrisés.
La médecine de demain : des thérapies non polluantes
L’objectif pour les pays occidentaux serait d’élaborer, à partir de leurs flores médicinales, des thérapies de même valeur et d’efficacité constante au fil du temps. Les plantes antibactériennes, antimycobactériennes et antivirales offrent une large gamme de possibilités.
Des équipes de réflexion et d’action devraient se constituer afin de préparer la médecine de demain, avec des thérapies non polluantes qui respecteraient l’eau, source de vie, et n’amplifieraient pas « l’environnement pathogène » qui entoure les humains. Une première initiative dans ce sens ouvre déjà un chemin très prometteur.
En conclusion, les thérapies moléculaires qui, dans le domaine infectieux, ont montré leurs méfaits, devraient s’effacer devant les thérapies naturelles, gages de santé pour les humains et la planéte.
Dr Yvette Parès
Professeur à l’Université de Dakar de 1960 à 1992
Dr ès-sciences
Dr en médecine
Directrice du centre de recherches biologiques sur la lèpre de 1975 à 1992
Directrice de l’Hôpital traditionnel de Keur Massar (Sénégal) de 1980 à 2003

Pollution médicamenteuse :  une vision élargie

On a pris récemment conscience de la pollution de l’environnement et de l’eau par les médicaments chimiques de la médecine officielle. Mais on oublie qu’il existe la médecine vétérinaire qui, elle aussi, utilise les molécules de synthèse de l’industrie pharmaceutique. Comment mettre fin à une telle situation qui conduit au désastre ?
Pour la médecine animale, deux cas sont à considérer :
⦁ Le premier concerne les soins apportés aux troupeaux des fermes et aux animaux de compagnie. Il est bien de leur venir en aide lorsque la maladie les frappe. Mais si la fin se justifie pleinement, les moyens ne sont plus à recommander car ils contribuent pour leur part à la pollution de la planète. Si l’on imagine l’ampleur de la population animale ainsi traitée en Europe, le phénomène est loin d’être négligeable.
⦁ Le second cas est beaucoup plus préoccupant car il résulte de ce qui peut être qualifié de « fausse médecine vétérinaire » et qui se pratique dans les élevages industriels où des conditions de vie indignes sont infligées aux animaux.
Qu’il s’agisse de bovidés, de porcins, de volailles, de poissons divers, le taux de pollution s’accroît dangereusement. Ces populations animales fragilisées reçoivent en quantité médicaments chimiques, antibiotiques… sans compter les vaccins qui leur sont imposés.
La contamination permanente des eaux douces 
ou marines
Lorsqu’il s’agit de populations terrestres, les eaux uséees vont polluer essentiellement les rivières, les cours d’eau et les fleuves, sans oublier la contamination par infiltration des nappes souterraines.
La situation est différente lorsqu’il s’agit de l’aquaculture. Les océans connaissent alors une contamination permanente. Un fait concret permettra de comprendre la gravité du phénomène : dans un archipel du Chili, l’élevage des saumons, commencé au début des années 1980, comportait, en 2007, 550 fermes aquacoles. Une ONG, inquiète des répercussions sur l’environnement, a pu démontrer que 385 tonnes d’antibiotiques avaient été utilisées cette même année, sans compter les médicaments chimiques venant en supplément. Ainsi, 385 000 kilos de molécules anti-infectieuses avaient transité dans ces élevages contre nature. Quelle quantité avait ensuite pollué les eaux de l’Océan Pacifique Sud ?
En 2007-2008, un virus responsable d’une grave anémie a décimé les saumons, les survivants ayant ensuite connu un triste sort. On envisage, comme seule réaction, d’implanter en d’autres lieux de nouvelles fermes aquacoles.
L’élevage des saumons pratiqué en Norvège avait utilisé la même année environ 650 kilos d’antibiotiques. Quant aux élevages implantés au Canada, en Grande-Bretagne et en France, les chiffres ne sont pas connus. Mais la pollution ne s’en exerce pas moins, à des niveaux plus ou moins intenses, dans les mers du Nord et l’Océan Atlantique.
Durant les vingt années écoulées où s’est pratiquée l’aquaculture, à quel niveau a pu s’élever le taux de pollution ? Quels méfaits en ont déjà résulté ?

Ce constat montre que toutes les eaux douces ou marines ont été contaminées par l’inconscience et l’avidité des hommes. Toutes les formes de vie aquatiques voient sans cesse se modifier leurs conditions d’existence. Combien de temps se perpétuera encore ce redoutable phénomène ?
Ainsi la Terre, belle et précieuse, a été saccagée dans tous ses éléments par des hordes barbares ayant pour idole l’argent avec la puissance qu’il confère.
Le remède est aussi dans l’âme des peuples
Comment mettre fin à une telle situation qui conduit au désastre ?
La première démarche serait le retour de la médecine vétérinaire vers les ressources qu’offrent les flores médicinales, la seconde serait de renoncer à ces élevages si pernicieux.
Mais le remède est aussi dans l’âme des peuples qui devraient retrouver une vision noble de l’Univers ainsi qu’un sens élevé à donner à la vie, quel que soit le chemin qui le porte.
Il y aurait aussi nécessité de revenir à une juste sobriété qui permettrait le bien-être des végétaux, des animaux et des humains.
Où trouver des personnalités charismatiques qui mobiliseraient les consciences et déclencheraient les initiatives dont l’urgence ne fait que croître ? Cela avant que des cataclysmes destructeurs n’obligent ensuite à rebâtir sur des bases qui, pour l’instant, demeurent imprécises.
L’humanité aura-t-elle la sagesse de réagir en un temps où tout n’est pas encore définitivement perdu, où l’espoir est encore permis ?
Le 28.08.09
Dr Yvette Parès
Professeur à l’Université de Dakar de 1960 à 1992
Dr ès-sciences
Dr en médecine
Directrice du centre de recherches biologiques sur la lèpre de 1975 à 1992
Directrice de l’Hôpital Traditionnel de Keur Massar (Sénégal) de 1980 à 2003

Quelle antibiothérapie pour demain ?

L’antibiothérapie, au XXe siècle, marquait un grand tournant dans la lutte contre les maladies infectieuses. Cette arme nouvelle semblait un acquis définitif, la confiance régnait. On ne pouvait imaginer les désillusions qui allaient survenir… Mais des solutions naturelles existent : les plantes antibiotiques sont nombreuses à travers le monde, répertoriées dans les médecines traditionnelles. Il reste à élaborer de véritables traitements pour les maladies infectieuses les plus sévères.
La prescription des antibiotiques et, en partie, celle de la pénicilline avait débuté dans l’euphorie par de faciles et rapides victoires. De faibles doses terrassaient les germes infectieux. Mais survint un fait dérangeant. Au fil du temps les doses, pour être actives, devaient être renforcées.
Il fallut ensuite se rendre à l’évidence : les antibiotiques, les uns après les autres, perdaient leur efficacité, les germes ayant acquis résistance et multirésistance. Le dernier acte de cette évolution a été la survenue des maladies nosocomiales que les hôpitaux ne parviennent pas à éradiquer. Ces lieux, considérés comme de haute hygiène, sont devenus des concentrés d’agents bactériens qu’aucun des moyens mis en œuvre par la médecine officielle ne parvient à neutraliser.
Ainsi, après avoir suscité les plus grands espoirs, l’antibiothérapie n’aura été qu’un feu de paille qui aura éclairé un court moment la médecine occidentale et laissé ensuite en héritage un champ dévasté, où les germes les plus virulents demeurent maîtres de la situation.
La parade illusoire
Les laboratoires pharmaceutiques, pour pallier ces difficultés, ont pris l’initiative « d’accrocher » certaines molécules aux produits anciens. Un exemple est donné par la pénicilline devenue aminopénicilline, carboxypénicilline, uréidopénicilline. Des manipulations comparables ont affecté d’autres antibiotiques. Mais rien n’a été résolu par ces produits « rénovés », les phénomènes de résistance étant inéluctables. 
On piétine dans les mêmes ornières, la médecine officielle n’aperçoit aucune lueur à l’horizon.
La situation serait-elle désespérée ?
La réponse serait affirmative si l’on persévérait dans cette voie sans issue. L’espoir repose sur les richesses de la nature, les capacités de ses flores médicinales. Les plantes aux vertus antibiotiques sont nombreuses à travers le monde. Elles sont utilisées depuis les temps anciens par les médecines traditionnelles d’Asie et d’Afrique pour le traitement des maladies infectieuses.
L’Europe est également pourvue de ces plantes bénéfiques mais le savoir les concernant a été en grande partie perdu. D’autre part, la formation universitaire au XXe siècle est demeurée étrangère à ce champ de connaissances. Fort heureusement, la phytothérapie et l’aromathérapie ont repris le flambeau. Leurs activités très intéressantes constituent un début prometteur mais il reste à élaborer de véritables traitements pour les mladies infectieuses les plus sévères.
Ce type de recherches devrait être mené par des équipes de médecins et de pharmaciens qui, explorant les savoirs du passé, parviendraient à doter la médecine de demain de thérapies inédites autant qu’efficaces.
Inventaire des plantes antibiotiques d’Europe
Un certain nombre de plantes antibiotiques d’Europe sont connues dans les régions tempérées et méditerranéennes. Mais les données sont incomplètes. Il importerait d’ajouter les espèces jamais citées des pays du Nord : Etats baltes, Norvège, Suède, ainsi que des pays d’Europe centrale et orientale. Ce grand inventaire ouvrirait de larges perspectives.
Les ouvrages de langue française mentionnent les plantes suivantes :
ail, alliaire, angélique, aunée,
bardane, basilic, bruyère, buis, busserole,
camomille, capucine, chardon bénit, chêne, chiendent,
eucalyptus, fève des marais, fraisier,
genévrier, germandrée, petit chêne,
germandrée aquatique, germandrée-sauge des bois, grande joubarbe
houblon,
laurier, lavande,
marrube blanc, mélilot, myrte, myrtille,
noyer,
pâquerette, peuplier, prunier
ronce, rose,
sarriette, sauge, serpolet, solidago, souci,
thym.

Aunée (Inula helenium)
L’art d’utiliser les plantes
Connaître l’ensemble des plantes antibiotiques d’Europe constituerait un premier pas. Prescrites sous forme de « tisanes », elles pourraient se révéler précieuses mais tel n’est pas l’objectif visé. Elles représentent les éléments de base pour l’élaboration de formules plus ou moins complexes.
La démarche suivante explique l’art de les associer selon les maladies infectieuses à traiter et de déterminer les modes de préparation les plus efficaces. C’est ainsi que procèdent les médecines traditionnelles des divers continents.
On pourrait ainsi disposer de mélanges de poudres, décoctions de plus ou moins longue durée, d’extraits alcooliques, d’huiles médicamenteuses, de vins et vinaigres médicinaux, etc.
On peut comprendre que ces associations apporteraient de grands avantages. Les plantes antibiotiques unissant leurs forces, mobilisant l’ensemble de leurs principes bénéfiques, constitueraient une stratégie à même d’éviter les résistances des germes et d’assurer une efficacité constante au fil du temps. Les agents infectieux peuvent résister à un seul produit adverse, pénicilline ou autre, mais ils sont terrassés sous l’attaque de muliples assaillants formant une grande armée.
Les réalisations en cours
Les recherches pour l’élaboration d’un art pharmaceutique adapté à la médecine de demain ont été initiées. Elles demeurent pour l’instant inconnues.
Les formules phytothérapeutiques proposées pourraient apporter leur concours lorsque la situation au niveau des maladies infectieuses atteindra un niveau d’urgence tel que le retour à la nature deviendra un impératif absolu.
Il serait souhaitable que les recherches initiées prennent rapidement une grande ampleur dans tous les pays d’Europe, afin d’acélérer le renouveau de la thérapeutique envers les agents pathogènes.
Les remèdes anciens
Parallèlement à l’élaboration de formules nouvelles, il conviendrait de ne pas négliger les remèdes anciens qui avaient fait leur preuve. On peut citer, en particulier, le vinaigre des Quatre-Voleurs d’un grand intérêt au cours des épidémies de peste.
Un répertoire devrait regrouper à partir de toutes les pharmacopées d’Europe les préparations qui avaient connu autrefois une grande renommée.
Les huiles essentielles
L’aromathérapie, en ce début du XXIe siècle, prend un essor considérable. Cette thérapeutique, en quelque sorte redécouverte, remonte aux temps les plus anciens.
Il y a 4000 ans, la Chine, l’Inde, la Perse pratiquaient la distillation des huiles essentielles. D’où leur venait ce savoir ? Les Egyptiens faisaient grand usage des essences. En Europe, au XIIe siècle, les Arabes pratiquaient à leur tour l’extraction de ces remarquables substances aromatiques.
Le nombre des huiles essentielles connues à travers le monde dépasse les deux cents soixante. Elles ont fait l’objet de vastes études, plus de dix mille constituants ont été identifiés.
On peut citer les plus connues en Europe : ail, basilic, bergamote, camomille, citron, eucalyptus, genévrier, géranium, girofle, lavande, menthe, niaouli, oignon, origan, pin, romarin, sarriette, sauge, thym.

Sauge (Salvia officinalis)
Propriétés des huiles essentielles
L’ensemble des H.E. sont anti-infectieuses. Mais certaines d’entre elles agissent plus spécifiquement sur une sphère donnée : affections pulmonaires, intestinales ou rénales,
D’autres propriétés remarquables viennent s’y ajouter :
⦁ antivirales
 antifongiques
 antiparasitaires
 antiinflammatoires
 anticatarrhales
 antihistaminiques
 anticoagulantes
 immunorégulatrices
 antalgiques
 anxiolytiques
 insectifuges et insecticides
 désodorisantes
 désinfectantes des locaux (hôpitaux et autres), etc.
Les H.E., par leurs capacités très étendues, apportent des armes incomparables pour le traitement des maladies infectieuses et des symptômes et désordres qui les accompagnent. Il apparaît qu’elles auront un grand rôle à jouer dans l’antibiothérapie de demain.
Réflexions
1- La thérapeutique de la médecine du XXe siècle, basée sur la chimie et les antibiotiques aborde le temps du sursis. L’Europe doit donc reconstituer l’équivalent d’une médecine traditionnelle – ou du moins ce qui pourrait au mieux s’en rapprocher – telle qu’en disposent les autres continents.
2 – Les médecines traditionnelles reposent sur une vision de l’univers et une approche globale du patient. La médecine de demain devra retrouver cette dimension.
3 – La médecine occidentale s’est voulue « rationnelle », « cartésienne », basée sur les symptômes extérieurs, les chiffres des analyses de laboratoire, l’imagerie de techniques avancées. Elle s’est ainsi déshumanisée, est devenue stressante, sans véritable réconfort pour les malades. Le retour prévisible à la nature, guidé par la sagesse ou imposé par la pression des impératifs écologiques, devrait permettre d’écarter les défauts de l’extrême rationalité.
4 – De grands bouleversements précéderont la médecine de demain. Ils atteindront aussi les enseignements médicaux et pharmaceutiques dispensés dans les universités.
Il importe de préparer la phase de transition afin qu’il n’y ait pas rupture de soins thérapeutiques, préjudiciable aux patients. Le retour à la nature devrait permettre à la médecine occidentale de retrouver l’aura qu’elle a perdue et de répondre ainsi aux attentes des patients.
Dr Yvette Parès, 9 septembre 2009

Perles de sagesse

Pr Yvette Parès : Perles de sagesse. Editions Yves Michel

Entourée de praticiens de la médecine traditionnelle africaine, Yvette Parès découvre la puissance thérapeutique des plantes contre des maladies graves, notamment la lèpre. Au milieu de la brousse sénégalaise, sa pratique s’éloigne de la science occidentale pour tout réapprendre des thérapeutes traditionnels, formés de génération en génération dans l’art de soulager et de guérir. Sous formes d’anecdotes, elle nous livre ses souvenirs : les rencontres, les bonheurs, mais aussi les difficultés auxquelles elle et son équipe ont été confrontés depuis la création en 1980 d’un Centre de Soins antilépreux, devenu plus tard l’hôpital traditionnel de Keur Massar. De la cueillette de noix de cajou dans un darkassou à l’invasion d’abeilles lors d’un repas dans la brousse sénégalaise, de la guérison de Petite Marguerite au patient mordu par un serpent, de la fête des Ancêtres aux grenouilles orphelines, Yvette Parès dessine autant d’épisodes de la vie africaine pris sur le vif. Une introduction à la philosophie de vie des Africains. Une grande leçon d’humanité pour nous.

Trésor des plantes médicinales

Le livre qui soigne du Pr Yvette Parès

Dr Béatrice Milbert – Lucie Hubert : Trésor des plantes médicinales. Le livre qui soigne du Pr Yvette Parès. Editions du Dauphin (Mars 2019)

195 plantes médicinales – 40 pathologies Nouveau regard sur les plantes médicinales et leurs innombrables trésors, ce livre pratique est le témoignage inédit du Professeur Yvette Parès, scientifique de renommée internationale, première au monde à cultiver le bacille de la lèpre. Confrontée aux limites des thérapies occidentales pour soigner cette maladie, elle décou- vrit les potentialités de la médecine traditionnelle africaine, à la- quelle elle est initiée par un maître peul sachant associer plusieurs plantes afin d’assurer leur synergie optimale. C’est après trente années d’expérience médicale au Sénégal qu’elle décide, en 1996, lors de son retour en Europe, de rédiger un ouvrage thérapeutique basé sur l’utilisation des plantes médicinales d’Europe. Elle y transmet toutes ses formules (décoction, infusion, macération, eaux miraculeuses, huiles médicamenteuses, vinaigres médicinaux, alcoolatures, etc.) pour soigner les maux de tous les jours ainsi que des maladies plus graves en rédigeant d’innombrables fiches les concernant et leurs symptômes les plus divers.

La médecine africaine : une efficacité étonnante

Pr Yvette Parès : La médecine africaine : une efficacité étonnante Témoignage d’une pionnière. Editions Yves Michel (en réédition)

Yvette Parès arrive à Dakar en 1960. Chercheur en biologie et médecin, elle parvient la première à cultiver le bacille de la lèpre. Cependant les résultats obtenus auprès des malades la déçoivent.
Sa rencontre avec un grand maître guérisseur Peul, Dadi Diallo, change profondément son regard sur la médecine occidentale.

Elle découvre la puissance thérapeutique des plantes africaines : récolte, préparation, prescription. La différence est fulgurante : d’un côté une médecine occidentale qui engendre beaucoup de méfaits (germes résistants, maladies infectieuses plus coriaces, maladies nosocomiales…) et de l’autre, une utilisation efficace des plantes africaines, une parfaite structuration des traitements, et des résultats concrets !
La création de l’Hôpital Traditionnel de Keur Massar réhabilite la médecine traditionnelle africaine. C’est cette fabuleuse aventure humaine qui nous est racontée. Et après 20 ans d’activité, un bilan apparaît : des résultats remarquables des traitements antilépreux ; prévention de la lèpre infantile, de différentes maladies infectieuses bactériennes, la tuberculose ; et aussi l’essor de la pharmacopée traditionnelle, la création d’associations de tradipraticiens…

«Notre souhait le plus profond est que ce témoignage porté sur la médecine traditionnelle africaine suscite de nouvelles conceptions et réalisations pour la santé du monde en mobilisant les savoirs, les intelligences et les coeurs dans un vaste mouvement planétaire. Ne serait-ce pas la meilleure des mondialisations ?».

Une expérience exceptionnelle qui ouvre de nombreux espoirs.

HOMMAGE A YVETTE PARES

Une grande dame vient de s’éteindre le 9 juillet dernier, et sa mort est passée presque inaperçue, non seulement en France, son pays natal, mais aussi au Sénégal où elle a pourtant passé plus de quarante ans de sa vie, se consacrant sans relâche à la santé de tous. Cette grande dame, c’était Yvette Parès, fondatrice de l’Hôpital traditionnel de Keur Massar en 1980.

Face au silence qui entoure sa disparition, il semble indispensable de rappeler à tous l’œuvre d’Yvette Parès. Par où commencer ? Ce fut tout d’abord une scientifique renommée sur le plan international. Docteur ès Biologie et Docteur en médecine, chercheur au Cnrs, elle enseigna la Biologie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar de 1960 à 1992, et dirigea pendant dix-sept ans, de 1975 à 1992, le Centre de Recherches biologiques sur la lèpre. Elle fut d’ailleurs la première au monde à cultiver le bacille de la lèpre.

Comment cette scientifique française découvrit-elle la médecine traditionnelle africaine ? Les recherches sur la lèpre menées par Yvette Parès dans les années 70 la conduisirent assez rapidement à remettre en cause les thérapeutiques proposées par la médecine occidentale, qu’elle jugea décevantes (rémissions partielles, souffrances persistantes, etc.). C’est à ce moment-là qu’elle fit une rencontre décisive avec un maître peul, Dadi Diallo. La biologiste découvrit alors que les plantes anti lépreuses des tradithérapeutes se révélaient d’une grande efficacité.

Dadi Diallo accepta d’initier Yvette Parès à la médecine traditionnelle africaine. «Un vrai miracle», dira plus tard la scientifique, qui jugeait «extraordinaire que des thérapeutes africains aient fait confiance à une étrangère». Il est vrai que le risque existait que des traitements soient récupérés, «pillés» au profit de firmes pharmaceutiques occidentales…

Pendant quinze ans, humblement, Yvette Parès apprit auprès de son maître l’art de la médecine et de la pharmacopée africaines : connaissance et cueillette des plantes, préparation des remèdes, etc. Et dès l’année 1980, avec Dadi Diallo, elle ouvrait un premier centre de soin pour les lépreux, à la campagne, loin de tout à cette époque-là. En 1985, l’établissement prit le nom d’Hôpital traditionnel de Keur Massar.

Cette structure, qui a redonné à la médecine traditionnelle africaine ses lettres de noblesse, fut la première de ce genre au Sénégal et peut-être au monde.  Yvette Parès l’a dirigée jusqu’en 2003, année où le grand âge la ramena en France : elle avait alors 79 ans.

Depuis sa création, l’Hôpital a accueilli et soigné des centaines de malades. Non seulement des lépreux, mais aussi des personnes atteintes de tuberculose, de dermatoses, d’hépatites, et depuis les années 1980 du Vih-Sida. Sans oublier la plupart des pathologies relevant de la médecine générale : diabète, asthme, sinusites, rhumatismes, paludisme, etc.  Les médecines traditionnelles, toujours à base de plantes (phytothérapie) sont prescrites tant à titre préventif qu’à titre curatif. Parallèlement, les activités de recherche ont toujours été menées pour trouver de nouveaux traitements aux nouvelles maladies qui apparaissent régulièrement. Sans oublier les activités sociales : scolarisation des enfants de lépreux, par exemple.

A une époque où la médecine occidentale se remet elle-même en question sur bien des points (résistance aux antibiotiques, effets secondaires fréquents, coût élevé de nombreux traitements, etc.) et où bien des personnes, en Europe ou aux Etats-Unis, se tournent vers les médecines dites parallèles ou alternatives, on ne peut que rendre hommage au travail pionnier d’Yvette Parès et de son équipe de Keur Massar.

Les recherches et analyses d’Yvette Parès n’ont, il est vrai, pas toujours reçu un écho positif. Selon elle, beaucoup de médecins et d’Etats africains étaient trop «pris par le mirage occidental», autrement dit par l’idée d’une soi-disant supériorité de la médecine occidentale, pour accepter ses idées. Malgré ses compétences scientifiques indéniables, elle fut aussi critiquée par des Ong d’aide aux lépreux ou aux sidéens pour avoir osé affirmer, preuves vivantes à l’appui, que les médecines traditionnelles africaines proposaient des traitements efficaces contre ces maladies.

Pourtant, de grandes nations du «Sud» n’ont aucun complexe vis-à-vis de la médecine occidentale : en Chine, les malades sont soignés en grande partie dans des hôpitaux traditionnels. Il en va de même en Inde, où la médecine ayurvédique, millénaire, est toujours très pratiquée. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’opposer médecine occidentale et médecine traditionnelle, mais de puiser dans chacune d’elles ce qu’il y  a de meilleur, donc de ne pas regarder avec condescendance, voire avec mépris, la médecine traditionnelle. Le fait que le Sénégal possède une telle richesse thérapeutique, un tel savoir ancestral, devrait au contraire être une source de fierté pour les Sénégalais.

C’est sans doute cela que nous a appris Yvette Parès. Espérons qu’un hommage plus officiel soit rendu à cette scientifique qui a tant donné au Sénégal.

Maryse BERDAH-BAH

VERS UNE MONDIALISATION BENEFIQUE LA RENCONTRE DES MEDECINES

Au cours du 20e siècle, les pays d’Occident ayant puissance sur le monde ont créé des institutions sanitaires internationales où seule a été admise la médecine «scientifique ». Selon les conceptions de l’époque, ce caractère lui conférait une incontestable supériorité. Les autres médecines, élaborées sur des bases différentes, ne pouvaient être que négligées.

C’était oublier que science et thérapeutique ne sont pas obligatoirement liées et que les traitements ne montrent leur vraie valeur qu’après avoir subi l’épreuve du temps.

D’autre part, les connaissances scientifiques, aussi vastes qu’elles puissent paraître, ne sont que des îles parsemées dans l’immense océan de l’Inconnu. Avancer, en les ignorant, dans ces zones lacunaires conduit aux plus grands déboires. L’antibiothérapie, l’hormone de croissance, les thérapies géniques en offrent des exemples.

Il n’a fallu que quelques décennies pour mettre en évidence les faiblesses et dangers des traitements prescrits par la médecine mondialement imposée.

Ses ambitions, louables au départ, lutter contre les grands fléaux sanitaires anciens ou de survenue récente, après des succès éphémères, n’ont connu que l’échec. Tuberculose, paludisme en particulier, loin d’être maîtrisés, ont été aggravés par l’apparition des résistances et multirésistances. Leur caractère pathogène s’est considérablement accru.

Il en est de même pour les affections bactériennes revenues en force et contre lesquelles on n’oppose que des armes émoussées.

L’épreuve du temps a montré encore, outre les effets indésirables immédiats, les graves désordres que pouvait entraîner ultérieurement la prescription des molécules issues de la chimie et qui ont nécessité les retraits de la vente.

Mais un autre élément, de détection récente, vient encore assombrir le tableau. Il s’agit du caractère polluant des médicaments chimiques qui ont corrompu l’eau jusqu’aux réserves souterraines. 

Le constat préoccupant appelle la réflexion. La médecine officielle peut-elle continuer à gouverner seule la politique sanitaire mondiale? Les erreurs accumulées donnent elles-mêmes la réponse.

Deux attitudes sont à envisager:

D’une part, la médecine scientifique devra impérativement réorienter sa thérapeutique et s’éloigner du « tout-chimie ». Elle sera contrainte de revenir aux ressources sous-estimées et qualifiées improprement « d’empiriques », celles qu’offre en abondance la nature avec ses flores médicinales très diversifiées.

D’autre part, un comportement nouveau vis-à-vis des médecines traditionnelles pratiquées sur les autres continents s’avère indispensables. 

Elles détiennent un vaste patrimoine thérapeutique accumulé depuis des origines incertaines.

A titre d’exemple, la médecine chinoise, selon les écrits, dispose de plus de 

100 000 formules médicamenteuses. Les médecines africaines sub-sahariennes, si l’on en juge par la médecines traditionnelle du Sénégal possèdent sans doute, elles aussi, un nombre impressionnant de médications pour les maladies des plus bénignes aux plus sévères.

La mobilisation de tous les savoirs médicaux de la planète apparaît comme la solution d’avenir et qui apporterait un changement profond et bénéfique dans la situation sanitaire mondiale.

Un premier appel visant cette collaboration avait été lancé en 1991 à New York par Boutros Boutros Ghali, alors secrétaire général des Nations-Unies. Il avait prononcé son discours lors de la VIe journée mondiale du sida. Mais trop en avance sur son temps, l’appel ne fut pas entendu au Nord comme au Sud. S’il avait été suivi, la situation sanitaire à travers le monde aurait été profondément modifiée et le sida serait peut-être en voie d’être maîtrisé.

Mais les difficultés qui ne cessent de s’accumuler vont sans doute conduire à l’ouverture des esprits, à une vision lucide des réalités. On peut espérer que la rencontre des médecines, valeurs culturelles de tous les peuples, s’accomplira dans un avenir qui pourrait être non lointain.

Dès lors, une nouvelle Organisation Mondiale de la Santé serait à même de voir le jour pour une efficacité toujours accrue dans les combats visant les grands fléaux qui affligent l’humanité.

Un autre aspect mérite d’être retenu. Tous les peuples se sentant valorisés, un grand pas serait fait vers la paix.

L’union de toutes les intelligences, de tous les savoirs, de tous les coeurs, ne serait-elle pas la meilleure des mondialisations?

Août 2009

Dr Yvette Parès

Professeur à l’Université de Dakar de 1960 à 1992

Dr ès-science

Dr en médecine

Directrice du centre de recherches biologiques sur la lèpre de 1975 à 1992

Directrice de l’Hôpital traditionnel de Keur Massar (Sénégal) de 1980 à 2003

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