ADMIN-HTKM

Les traitements traditionnels de la lÚpre au Sénégal

La mĂ©decine africaine connaĂźt la contagiositĂ© de la lĂšpre, de mĂȘme que la complexitĂ© de ses manifestations. Elle dĂ©ploie ses efforts thĂ©rapeutiques en de multiples directions. Des traitements sont disponibles pour toutes les formes de lĂšpre, toutes les lĂ©sions et dĂ©sordres, y compris les troubles psychiques.

De nombreuses mĂ©dications administrĂ©es par voie interne et externe permettent de s’adapter aux situations cliniques. Il est remarquable aussi que des traitements spĂ©ciaux aient Ă©tĂ© Ă©laborĂ©s pour les femmes enceintes et que les enfants bĂ©nĂ©ficient de traitements curatifs et prĂ©ventifs.
La maßtrise de toutes ces thérapies nécessite une longue formation, ainsi que des connaissances approfondies sur les vertus des plantes, les associations synergiques et complémentaires, les propriétés nouvelles conférées par certaines associations ou certains modes de préparation.
Le rĂ©tablissement d’un organisme, souvent trĂšs Ă©prouvĂ© et porteur de lĂ©sions graves, demande de la part du praticien et du patient une longue persĂ©vĂ©rance. Mais au terme de ces efforts, la santĂ© revient, l’aspect physique est transformĂ©, une vie normale peut ĂȘtre envisagĂ©e. Ces rĂ©alitĂ©s ont Ă©tĂ© observĂ©es maintes fois Ă  l’HĂŽpital Traditionnel de Keur Massar.

Les étapes de la thérapie

La thérapie antilépreuse se déroule en plusieurs étapes :

1 – Le traitement d’attaque
Il comporte une forte purgation contrĂŽlĂ©e dont le but est l’élimination des toxines bactĂ©riennes et tissulaires accumulĂ©es au cours de la longue incubation puis de l’évolution de la maladie. Elle est arrĂȘtĂ©e le moment venu, Ă  l’aide d’un verre d’eau fraĂźche.
2 – Le traitement prĂ©liminaire
Il comprend des prĂ©parations toniques destinĂ©es Ă  relever l’état gĂ©nĂ©ral. Il est de courte durĂ©e mais porte rapidement des fruits.
3 – Le traitement de fond
Il s’effectue avec un changement pĂ©riodique de mĂ©dications, environ tous les six mois. On Ă©vite ainsi toute accoutumance des germes et les patients sont encouragĂ©s par le changement de goĂ»t des mĂ©dicaments. En particulier, au SĂ©nĂ©gal, avec la saison des pluies, apparaissent pour une courte durĂ©e des plantes herbacĂ©es antilĂ©preuses qui entrent alors dans des compositions nouvelles.
4 – Le traitement final
Il est destiné à consolider les traitements acquis.
5 – Le traitement de sĂ©curitĂ©
De courte durée, pour éviter les risques de rechute, il met fin à la thérapie.
Les actions des préparations médicamenteuses
Les prĂ©parations mĂ©dicamenteuses agissent sur l’agent pathogĂšne et tous les aspects de la maladie lĂ©preuse. Elles assurent aussi l’élimination des toxines, ce qui Ă©vite le risque des « rĂ©actions lĂ©preuses ».

Leurs vertus sont les suivantes :

  •  action antimycobactĂ©rienne
  •  action tonique
  •  action dĂ©purative
  •  affaissement des lĂ©promes
  •  recoloration des taches cutanĂ©es
  •  normalisation de la peau (trĂšs rugueuse)
  •  disparition des paresthĂ©sies
  •  retour progressif de la sensibilitĂ© cutanĂ©e au froid, au chaud, au tact, Ă  la douleur
  •  rĂ©gression partielle des paralysies et rĂ©cupĂ©ration progressive d’un bon tonus musculaire
  •  action antinĂ©vrite
  •  disparition des oedĂšmes
  •  guĂ©rison des ulcĂ©rations
  •  amĂ©lioration des lĂ©sions osseuses
  •  prĂ©vention des mutilations
  •  prĂ©vention des rĂ©actions lĂ©preuses
  •  cicatrisation des maux perforants plantaires
  •  traitement des troubles psychiques

Ce bref exposĂ© permet d’apprĂ©hender la richesse des traitements antilĂ©preux de la mĂ©decine traditionnelle au SĂ©nĂ©gal et leurs rĂ©ponses aux diffĂ©rentes manifestations de la maladie.

Une question vient à l’esprit : quelle est l’origine de ces vastes connaissances dont la perfection ne peut que surprendre ?

Dr Yvette ParĂšs, le 17.09.2009
Professeur Ă  l’UniversitĂ© de Dakar de 1960 Ă  1992
Dr Ăšs-science
Dr en médecine
Directrice du centre de recherches biologiques sur la lĂšpre de 1975 Ă  1992
Directrice de l’HĂŽpital Traditionnel de Keur Massar (SĂ©nĂ©gal) de 1980 Ă  2003

L’évolution thĂ©rapeutique du paludisme : une vision pour l’avenir

Il s’agit du titre d’un ouvrage de Mme Y. ParĂšs qui n’a pas Ă©tĂ© Ă©ditĂ©. Se basant sur toute sa culture scientifique et son expĂ©rience, Mme ParĂšs expose l’historique du paludisme et de son Ă©volution thĂ©rapeutique, diffĂ©rentes rĂ©flexions et, surtout, elle nous propose des remĂšdes Ă  base de plantes de l’Europe selon le modĂšle appris avec son maĂźtre peul. Voici des extraits de ce livre.
Il m’a semblĂ© qu’une comparaison entre les thĂ©rapies antipalustres anciennes et actuelles permettrait de dĂ©gager une autre vision concernant la lutte antipaludĂ©enne et pourrait conduire Ă  des initiatives concrĂštes et bĂ©nĂ©fiques.
Depuis les temps les plus lointains, le paludisme sĂ©vit dans le monde. Les ouvrages mĂ©dicaux anciens d’Asie et d’Europe dĂ©crivent les fiĂšvres intermittentes avec leurs accĂšs aux rythmes prĂ©visibles.
De nos jours, quatre continents lui paient un lourd tribut. L’Europe, au cours du XIXĂš siĂšcle, en Ă©tait fortement Ă©prouvĂ©e au niveau des zones marĂ©cageuses : tourbiĂšres, riziĂšres et le long des cours d’eau. Les cas observĂ©s actuellement relĂšvent de sĂ©jours en zones d’endĂ©mie.
Le paludisme n’a cessĂ© d’ĂȘtre un flĂ©au redoutable. Il l’est devenu plus encore aprĂšs les initiatives thĂ©rapeutiques qui ont marquĂ© la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle.

L’évolution de la thĂ©rapeutique en Europe


Au cours des siĂšcles, l’Europe a connu les assauts du paludisme. De la mer Baltique aux rivages mĂ©diterranĂ©ens, de l’Atlantique Ă  l’immense Russie, tous les pays dans leurs zones humides ont affrontĂ© le flĂ©au qui sĂ©vissait chaque annĂ©e en fiĂšvres intermittentes, printaniĂšres et automnales.
Dans toutes ces rĂ©gions, les savoirs populaires, les connaissances des guĂ©risseurs et guĂ©risseuses des campagnes, l’art des mĂ©decins leur opposaient des traitements Ă  partir des flores mĂ©dicinales de leur environnement. Au XVIIĂš siĂšcle, un grand tournant se dessine avec l’introduction en Europe du quinquina, l’écorce du PĂ©rou de la pharmacopĂ©e amĂ©rindienne. Les prĂ©parations Ă  base de cette Ă©corce ont alors Ă©tĂ© considĂ©rĂ©es comme les remĂšdes majeurs des accĂšs palustres. Mais le quinquina, venu d’un pays lointain, Ă  certaines Ă©poques devenait rare et d’un prix exorbitant. D’autre part, le coĂ»t normal, plus modĂ©rĂ©, le rendait cependant inaccessible aux populations pauvres des campagnes. Disposer de succĂ©danĂ©s devenait indispensable. Des mĂ©decins de grand bon sens estimaient aussi que chaque pays devait trouver, dans sa propre flore mĂ©dicinale, les moyens de soigner les patients.

Feuilles de quinquina


Des Ă©vĂ©nements importants marquent la fin du XIXe siĂšcle : la dĂ©couverte des parasites sanguins, responsables du paludisme, la mise en Ă©vidence d’un cycle vital complexe et le rĂŽle des moustiques comme agent vecteur. ParallĂšlement, l’essor toujours plus intense de la chimie s’oriente vers les produits pharmaceutiques et les antipaludĂ©ens de synthĂšse. L’histoire du paludisme en sera bouleversĂ©e.

Réflexions sur les principes actifs

Etudier la composition chimique des plantes mĂ©dicinales permet de connaĂźtre la richesse de leurs constituants et de les classer dans les familles auxquelles ils appartiennent : alcaloĂŻdes, hĂ©tĂ©rosides, flavonoĂŻdes, anthocyanes, tannins, terpĂšnes, etc. Cette dĂ©marche satisfait l’esprit analytique mais n’est en rien essentielle Ă  l’art pharmaceutique et mĂ©dical. La mĂ©decine chinoise, qui dispose de plus de cent mille formules, et les mĂ©decines des autres continents avec leur vaste patrimoine thĂ©rapeutique le dĂ©montrent.
La grande erreur, initiĂ©e au XIXe siĂšcle, a Ă©tĂ© l’extraction du « principe actif », le constituant principal, support de l’activitĂ© majeure de la plante que l’on pourrait doser, manipuler avec prĂ©cision et dont on pourrait dĂ©terminer le mode d’action. Ainsi serait Ă©liminĂ© l’« empirisme », terme pĂ©joratif qui mĂ©connaĂźt les rĂ©alitĂ©s profondes mais constamment usitĂ© par l’esprit scientifique.
Cet isolement arbitraire arrache le principe actif Ă  ses accompagnants et on rejette en mĂȘme temps les capacitĂ©s complĂ©mentaires de la plante mĂ©dicinale. Selon la mĂ©decine chinoise, il reprĂ©sente l’empereur mais, privĂ© de ses ministres, les constituants qui lui sont liĂ©s et rĂšglent son action, il n’a plus qu’un pouvoir incomplet, dĂ©rĂ©glĂ©, souvent brutal et Ă  l’origine d’effets indĂ©sirables.
Rappelons ce paradoxe, la nĂ©cessitĂ© d’ajouter du tannin au sulfate de quinine et Ă  la gentianine, pour obtenir un effet maximum.
MalgrĂ© l’observation de ces anomalies, l’hĂ©rĂ©sie persiste jusqu’à nos jours. Elle a coupĂ© la mĂ©decine occidentale de ses racines, de la nature et elle contribue, par ailleurs, Ă  la dĂ©vastation des flores mĂ©dicinales Ă  travers le monde.
La plante constitue un tout harmonieux. Pourquoi la soumettre à des traitements barbares, à des manipulations chimiques, coûteuses et polluantes, pour en extraire un seul constituant, avec toutes les incomplétudes, tous les défauts qui le caractérisent.
L’isolement des principes actifs a Ă©tĂ© aussi le point de dĂ©part de ce qui deviendra ultĂ©rieurement des « thĂ©rapies molĂ©culaires », en particulier dans les domaines infectieux et parasitaire. Cette dĂ©marche portait en germe les dĂ©sastres que connaĂźtra la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle, les rĂ©sistances des micro-organismes qui pĂšsent lourdement sur l’avenir.
La disparition du paludisme en Europe a mis un terme Ă  l’utilisation des principes actifs extraits des plantes antipalustres. Si leur utilisation avait persistĂ©, il est hors de doute que les Plasmodium auraient donnĂ© des souches rebelles Ă  leur action.
On ne peut que souhaiter le retour Ă  un usage respectueux des plantes et de leurs vertus polyvalentes. Il s’effectuerait dans une simplicitĂ© exigeant en mĂȘme temps un large savoir. Les mĂ©decines traditionnelles en sont des exemples trĂšs vivants, elles auraient beaucoup Ă  nous apprendre pour remĂ©dier aux erreurs du XXe siĂšcle.

Les thérapies anciennes

Un long parcours au fil des siĂšcles et dans la nature a permis de dĂ©couvrir la grande diversitĂ© des traitements mis en Ɠuvre en Europe pour combattre les fiĂšvres paludĂ©ennes. Certains d’entre eux, comportant le suc de plantes fraĂźches, ne pouvaient s’appliquer qu’en zone rurale mais beaucoup d’autres modes de prĂ©paration simples convenaient en tous lieux. Ces informations venues du passĂ©, loin d’ĂȘtre pĂ©rimĂ©es, constituent une base sur laquelle pourraient se concevoir des thĂ©rapies naturelles adaptĂ©es aux rĂ©alitĂ©s de notre Ă©poque.
L’élaboration de « cocktails » efficaces tenant compte des observations de nos prĂ©dĂ©cesseurs apporterait un renouveau Ă  la lutte antipaludĂ©enne. L’art pharmaceutique et mĂ©dical retrouverait son Ăąme et un vĂ©ritable esprit de service. Ainsi serait repoussĂ©e la marchandisation de la santĂ©. Cette voie est possible. Il nous appartiendrait de nous y engager et de la concrĂ©tiser. Des modĂšles sont proposĂ©s plus loin.

Les antipaludéens de synthÚse

AprĂšs un pĂ©riple fĂ©cond, au contact des richesses de la nature, l’entrĂ©e dans le XXe siĂšcle, Ăšre du « tout-chimie », offre pour le paludisme un contraste saisissant. On pĂ©nĂštre dans un dĂ©sert aride oĂč sont tapis de nombreux dangers qui vont conduire Ă  l’explosion de l’endĂ©mie et Ă  l’impasse thĂ©rapeutique que la science et la mĂ©decine officielle se rĂ©vĂšlent impuissantes Ă  surmonter.
Les laboratoires pharmaceutiques ont synthĂ©tisĂ© un nombre restreint de molĂ©cules antipalustres. L’arrivĂ©e de ces produits fut saluĂ©e comme un grand tournant dans la lutte contre le paludisme. PrĂȘts Ă  l’emploi, ils pouvaient ĂȘtre largement diffusĂ©s dans les zones oĂč rĂ©gnait l’endĂ©mie qui serait, sinon Ă©radiquĂ©e, du moins maĂźtrisĂ©e. Mais une faille ignorĂ©e existait : la capacitĂ© d’adaptation des Plasmodium face Ă  l’adversitĂ©.

Réflexions sur les antipaludéens de synthÚse

Les antipaludĂ©ens Ă©laborĂ©s sur des bases dĂ©fectueuses n’ont pas atteint l’objectif qui Ă©tait visĂ©.

  •  Les chimistes, dans un esprit trĂšs rationnel, recherchaient des molĂ©cules d’action bien ciblĂ©e : dĂ©truire les parasites selon des modalitĂ©s parfaitement Ă©lucidĂ©es. Mais ce raisonnement reposait sur des notions scientifiques incomplĂštes. On ignorait Ă  l’époque les phĂ©nomĂšnes de rĂ©sistance des hĂ©matozoaires : certains d’entre eux, loin d’ĂȘtre maĂźtrisĂ©s, sortaient victorieux du combat et donnaient naissance Ă  des souches plus virulentes qui se rĂ©pandaient Ă  travers le monde.
  •  L’esprit scientifique, trĂšs rĂ©ducteur, n’a considĂ©rĂ© que le duo molĂ©cule-Plasmodium en oubliant une rĂ©alitĂ© essentielle : l’organisme humain qui pouvait prĂ©senter, lui aussi, des zones vulnĂ©rables oĂč le produit exercerait une action nocive. C’est ainsi qu’apparaissent les effets indĂ©sirables, de gravitĂ© variable et mĂȘme causes de dĂ©cĂšs. Ils viennent encore majorer pour le patient l’inconfort des accĂšs palustres.
  •  L’efficacitĂ© trĂšs Ă©phĂ©mĂšre des molĂ©cules antipalustres contraste avec la pĂ©rennitĂ© d’action des plantes mĂ©dicinales prescrites autrefois en Europe contre les fiĂšvres intermittentes. Rappelons l’exemple de la camomille. RecommandĂ©e par Hippocrate, elle conserve, aprĂšs deux millĂ©naires, cette prĂ©cieuse indication.
  •  Les donnĂ©es scientifiques concernant les antipaludĂ©ens sont nombreuses : familles chimiques, formules molĂ©culaires, modalitĂ©s de l’attaque par action sur les membranes des parasites Ă©rythocytaires ou inhibiteurs d’enzyme. Ces donnĂ©es, satisfaisantes pour l’esprit, font supposer un grand savoir. En rĂ©alitĂ©, elles ne sont qu’illusion trompeuse, qui diminue la force du constat d’échec thĂ©rapeutique. D’autre part, elles inhibent les sentiments de modestie qui rendraient possibles des approches salvatrices : un pas en avant vers les autres savoirs et un retour au savoir ancien de l’Europe.
  •  La science n’est pas indispensable Ă  l’art mĂ©dical. Cette Ă©vidence n’a Ă©tĂ© que trop oubliĂ©e. Nos prĂ©dĂ©cesseurs, ainsi que les praticiens de toutes les mĂ©decines traditionnelles des zones impaludĂ©es, n’ayant pour se guider que les signes cliniques, ont mis au point des traitements bĂ©nĂ©fiques et sans danger. Par quelles voies mystĂ©rieuses y sont-ils parvenus ? Il n’y a pas de traitements « empiriques » mais seulement des traitements efficaces ou inefficaces.
  •  La prescription des antipaludĂ©ens de synthĂšse concerne l’accĂšs fĂ©brile mais aucune prĂ©cision n’est donnĂ©e concernant l’intermission, les complications et les traitements de consolidation. Ces notions Ă©taient au contraire largement prises en compte par les thĂ©rapies anciennes.
  •  La synthĂšse des antipaludĂ©ens implique des recherches laborieuses, coĂ»teuses et de surcroĂźt, polluantes par les rĂ©actifs utilisĂ©s et les rĂ©sidus des rĂ©actions rejetĂ©s Ă  l’extĂ©rieur. Ces longues manipulations n’ont abouti qu’à des molĂ©cules sans avenir et qui ont transformĂ© paludisme, flĂ©au plurimillĂ©naire prĂ©occupant, en un flĂ©au redoutable dont le caractĂšre meurtrier s’est fortement accentuĂ©. La mĂ©decine officielle a voulu supplanter tous les traitements appliquĂ©s traditionnellement dans les zones d’endĂ©mie. Ils ont continuĂ© de subsister dans l’ombre, sauvant des vies humaines. Leur mobilisation gĂ©nĂ©ralisĂ©e permettrait de remĂ©dier aux consĂ©quences des erreurs commises au long du XXe siĂšcle.

Propositions thérapeutiques

L’Europe, au dĂ©but du XXe siĂšcle, a vu s’éteindre le paludisme. Il semblerait donc que des propositions thĂ©rapeutiques n’auraient plus de raisons d’ĂȘtre mais ce serait oublier les voyageurs qui, chaque annĂ©e aprĂšs un sĂ©jour dans les zones d’endĂ©mie, reviennent contaminĂ©s par des souches de Plasmodium rĂ©sistantes ou multirĂ©sistantes. La gravitĂ© des accĂšs les conduit dans les hĂŽpitaux ou les services de mĂ©decine tropicale. MalgrĂ© les soins qui leur sont prodiguĂ©s, des dĂ©cĂšs sont enregistrĂ©s.
D’autres thĂ©rapies ne pourraient-elles sauver des vies humaines ? C’est dans cette optique qu’ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©es diverses formules. Elles reposent sur deux bases :

  •  les succĂšs thĂ©rapeutiques obtenus par nos prĂ©dĂ©cesseurs, Cazin et les autres mĂ©decins citĂ©s, avec les plantes antipalustres majeures et d’autres qui avaient maitrisĂ© des fiĂšvres intermittentes rebelles au sulfate de quinine.
  •  l’expĂ©rience acquise en mĂ©decine traditionnelle au SĂ©nĂ©gal oĂč l’art pharmaceutique est associĂ© Ă  une grande maĂźtrise des plantes synergiques et complĂ©mentaires.

D’autres thĂ©rapies ne pourraient-elles sauver des vies humaines ? C’est dans cette optique qu’ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©es diverses formules. Elles reposent sur deux bases :
 les succĂšs thĂ©rapeutiques obtenus par nos prĂ©dĂ©cesseurs, Cazin et les autres mĂ©decins citĂ©s, avec les plantes antipalustres majeures et d’autres qui avaient maitrisĂ© des fiĂšvres intermittentes rebelles au sulfate de quinine.
 l’expĂ©rience acquise en mĂ©decine traditionnelle au SĂ©nĂ©gal oĂč l’art pharmaceutique est associĂ© Ă  une grande maĂźtrise des plantes synergiques et complĂ©mentaires.

Les formules proposĂ©es se voudraient une alternative aux antipaludĂ©ens pour les accĂšs rĂ©sistants avec un atout supplĂ©mentaire, l’absence d’effets indĂ©sirables. Elles correspondent Ă  plusieurs types :

  • DĂ©coctions – Infusions – MacĂ©rations (DIM)
  •  Eaux miraculeuses
  •  Huiles essentielles
  •  Vins mĂ©dicinaux

Le prĂ©sent ouvrage repose sur les connaissances anciennes de l’Europe et sur une longue expĂ©rience menĂ©e au SĂ©nĂ©gal en mĂ©decine traditionnelle africaine. Il voudrait apporter matiĂšre Ă  rĂ©flexion pour une lutte diffĂ©rente contre le paludisme Ă  travers le monde. Il voudrait aussi contribuer Ă  porter secours aux patients europĂ©ens qui reviennent gravement impaludĂ©s aprĂšs un sĂ©jour dans les zones d’endĂ©mie. Des formules ont Ă©tĂ© proposĂ©es prenant appui sur les connaissances de nos prĂ©dĂ©cesseurs, le Dr Cazin et les mĂ©decins dont il a mentionnĂ© les succĂšs thĂ©rapeutiques contre les fiĂšvres intermittentes.

Ecologie et thérapies chimiques

PAR LE PR YVETTE PARÈS


La science veut tout comprendre, peser, compter, mesurer, reproduire. Quoi de plus simple, en thĂ©rapeutique, que de faire appel Ă  des molĂ©cules issues de synthĂšses chimiques que l’on pourra doser au mg prĂšs et dont on aura dĂ©terminĂ© les cibles et les modes d’action ? Cette thĂ©orie sĂ©duisante et apparemment d’une parfaite rigueur est dĂ©mentie par la pratique.
En rĂ©alitĂ©, cette vision trĂšs rĂ©ductrice, focalisĂ©e sur des points prĂ©cis, oublie que ces points font partie d’un tout, l’organisme, dont on ne peut prĂ©voir l’ensemble des rĂ©actions Ă  court ou moyen terme. Elles se dĂ©couvrent avec les effets indĂ©sirables des mĂ©dicaments et les maladies iatrogĂšnes qu’ils provoquent.
L’émergence de souches rĂ©sistantes, puis multirĂ©sistantes
ConsidĂ©rons le cas des molĂ©cules prescrites au cours des maladies infectieuses bactĂ©riennes et virales et des affections parasitaires. Comme tous les autres produits mĂ©dicamenteux, elles vont polluer l’eau mais un autre aspect retiendra notre attention : il s’agit de « l’environnement pathogĂšne microbien » qui entoure les humains.
Les micro-organismes subissent de nombreuses variations et mutations qui demeurent inaperçues lorsqu’elles n’affectent en rien leur virulence. Il n’en est pas de mĂȘme lorsqu’elles se produisent sous l’effet des antibiotiques, antituberculeux et antipaludĂ©ens de synthĂšse, prescrits en « thĂ©rapies molĂ©culaires ».
PrĂ©cisons, tout d’abord, cette notion. Dans ce mode de traitement, les agents infectieux sont attaquĂ©s par un type de molĂ©cule ou un groupe de deux, trois, parfois quatre types diffĂ©rents. Il suscite immanquablement l’émergence de souches rĂ©sistantes puis multirĂ©sistantes beaucoup plus redoutables.
Une question se pose : ce caractĂšre pathologique considĂ©rablement accru sera-t-il irrĂ©versible ou s’attĂ©nuera-t-il au fil du temps ? Aucune rĂ©ponse ne peut encore ĂȘtre apportĂ©e.
Un autre point mĂ©rite rĂ©flexion : on peut encore guĂ©rir par thĂ©rapies molĂ©culaires les maladies infectieuses, causĂ©es par des germes demeurĂ©s sensibles. Mais, parallĂšlement Ă  la guĂ©rison obtenue, des rĂ©sistances Ă©mergent sans bruit et entraĂźneront plus tard, pour d’autres patients, de grandes souffrances ou dĂ©cĂšs. Ces rĂ©sultats satisfaisants Ă  court terme prĂ©parent en rĂ©alitĂ© les ravages de demain. Une conclusion logique s’impose : le nĂ©cessaire abandon de ces thĂ©rapies aux effets nĂ©fastes. Mais comment combler le vide ? OĂč trouver les solutions de rechange ? Peut-ĂȘtre faudrait-il, dans un premier temps, porter notre regard sur les pratiques d’autres mĂ©decines, asiatiques, africaines, qui pourraient devenir sources d’inspiration.

De nouveaux traitements adaptés aux nécessités du présent et du futur
Munis de ces informations, la seconde Ă©tape consisterait Ă  explorer des savoirs anciens de l’Europe. Ils dĂ©tiennent des richesses inemployĂ©es. On y trouverait, de plus, les Ă©lĂ©ments de base pour l’élaboration de nouvelles formules, de nouveaux traitements adaptĂ©s aux nĂ©cessitĂ©s du prĂ©sent et du futur.
Les flores mĂ©dicinales d’Europe offraient une large variĂ©tĂ©, des rĂ©gions nordiques aux zones mĂ©diterranĂ©ennes. On peut aisĂ©ment imaginer l’ampleur de la moisson qui serait rĂ©alisĂ©e dans l’ensemble des pays.

Une idĂ©e rĂ©pandue en Europe, selon laquelle une maladie se soigne avec une plante, est inexacte et Ă  rejeter. Elle tĂ©moigne seulement de la mĂ©connaissance profonde de la complexitĂ© des pratiques traditionnelles. C’est ainsi que les mĂ©decines asiatiques et africaines associent jusqu’à douze plantes, et mĂȘme davantage, et que les modes de prĂ©paration varient selon les maladies Ă  traiter.
A titre d’exemples, tuberculoses, hĂ©patites et autres affections virales bĂ©nĂ©ficient de remarquables traitements. Pourquoi en Europe ne pas rechercher un tel objectif qui, une fois atteint, permettrait l’abandon des thĂ©rapies molĂ©culaires ?
Une armĂ©e redoutable plutĂŽt qu’un combat singulier
Les traitements antiinfectieux des mĂ©decines ancestrales, venues d’un lointain passĂ©, exercent encore de nos jours leur action bĂ©nĂ©fique, ce qui atteste la non-Ă©mergence de souches rĂ©sistantes. Comment expliquer la pĂ©rennitĂ© de ces traitements et l’action Ă©phĂ©mĂšre et dangereuse des thĂ©rapies molĂ©culaires ? Une vision imagĂ©e peut rendre compte des diffĂ©rences observĂ©es. Au cours des thĂ©rapies molĂ©culaires, micro-organismes et molĂ©cules s’affrontent en un combat singulier. La majoritĂ© des germes sont terrassĂ©s mais un petit nombre d’entre eux, par des mĂ©canismes biochimiques subtils, sortent victorieux du combat et donneront les souches rĂ©sistantes puis multirĂ©sistantes.
Dans le cas des thĂ©rapies traditionnelles, les agents pathogĂšnes subissent l’attaque d’une armĂ©e redoutable, formĂ©e de la multitude des principes bĂ©nĂ©fiques apportĂ©s par les mĂ©dications complexes. Si certains microorganismes parviennent Ă  rĂ©sister Ă  l’un de ces principes, d’autres arriveront en renfort pour les neutraliser. Telle est du moins une interprĂ©tation logique de la non-Ă©mergence de souches rĂ©sistantes attestĂ©e par l’efficacitĂ© pĂ©renne des traitements venus du passĂ©. De plus, les plantes mĂ©dicinales, par leurs vertus polyvalentes, ajoutent des effets complĂ©tant l’action anti-infectieuse : l’organisme est tonifiĂ©, les signes et dĂ©sordres sont maĂźtrisĂ©s.
La mĂ©decine de demain : des thĂ©rapies non polluantes
L’objectif pour les pays occidentaux serait d’élaborer, Ă  partir de leurs flores mĂ©dicinales, des thĂ©rapies de mĂȘme valeur et d’efficacitĂ© constante au fil du temps. Les plantes antibactĂ©riennes, antimycobactĂ©riennes et antivirales offrent une large gamme de possibilitĂ©s.
Des Ă©quipes de rĂ©flexion et d’action devraient se constituer afin de prĂ©parer la mĂ©decine de demain, avec des thĂ©rapies non polluantes qui respecteraient l’eau, source de vie, et n’amplifieraient pas « l’environnement pathogĂšne Â» qui entoure les humains. Une premiĂšre initiative dans ce sens ouvre dĂ©jĂ  un chemin trĂšs prometteur.
En conclusion, les thĂ©rapies molĂ©culaires qui, dans le domaine infectieux, ont montrĂ© leurs mĂ©faits, devraient s’effacer devant les thĂ©rapies naturelles, gages de santĂ© pour les humains et la planĂ©te.
Dr Yvette ParĂšs
Professeur Ă  l’UniversitĂ© de Dakar de 1960 Ă  1992
Dr Ăšs-sciences
Dr en médecine
Directrice du centre de recherches biologiques sur la lĂšpre de 1975 Ă  1992
Directrice de l’HĂŽpital traditionnel de Keur Massar (SĂ©nĂ©gal) de 1980 Ă  2003

Pollution médicamenteuse :  une vision élargie

On a pris rĂ©cemment conscience de la pollution de l’environnement et de l’eau par les mĂ©dicaments chimiques de la mĂ©decine officielle. Mais on oublie qu’il existe la mĂ©decine vĂ©tĂ©rinaire qui, elle aussi, utilise les molĂ©cules de synthĂšse de l’industrie pharmaceutique. Comment mettre fin Ă  une telle situation qui conduit au dĂ©sastre ?
Pour la mĂ©decine animale, deux cas sont Ă  considĂ©rer :
⊁ Le premier concerne les soins apportĂ©s aux troupeaux des fermes et aux animaux de compagnie. Il est bien de leur venir en aide lorsque la maladie les frappe. Mais si la fin se justifie pleinement, les moyens ne sont plus Ă  recommander car ils contribuent pour leur part Ă  la pollution de la planĂšte. Si l’on imagine l’ampleur de la population animale ainsi traitĂ©e en Europe, le phĂ©nomĂšne est loin d’ĂȘtre nĂ©gligeable.
⊁ Le second cas est beaucoup plus prĂ©occupant car il rĂ©sulte de ce qui peut ĂȘtre qualifiĂ© de « fausse mĂ©decine vĂ©tĂ©rinaire Â» et qui se pratique dans les Ă©levages industriels oĂč des conditions de vie indignes sont infligĂ©es aux animaux.
Qu’il s’agisse de bovidĂ©s, de porcins, de volailles, de poissons divers, le taux de pollution s’accroĂźt dangereusement. Ces populations animales fragilisĂ©es reçoivent en quantitĂ© mĂ©dicaments chimiques, antibiotiques
 sans compter les vaccins qui leur sont imposĂ©s.
La contamination permanente des eaux douces 
ou marines
Lorsqu’il s’agit de populations terrestres, les eaux usĂ©ees vont polluer essentiellement les riviĂšres, les cours d’eau et les fleuves, sans oublier la contamination par infiltration des nappes souterraines.
La situation est diffĂ©rente lorsqu’il s’agit de l’aquaculture. Les ocĂ©ans connaissent alors une contamination permanente. Un fait concret permettra de comprendre la gravitĂ© du phĂ©nomĂšne : dans un archipel du Chili, l’élevage des saumons, commencĂ© au dĂ©but des annĂ©es 1980, comportait, en 2007, 550 fermes aquacoles. Une ONG, inquiĂšte des rĂ©percussions sur l’environnement, a pu dĂ©montrer que 385 tonnes d’antibiotiques avaient Ă©tĂ© utilisĂ©es cette mĂȘme annĂ©e, sans compter les mĂ©dicaments chimiques venant en supplĂ©ment. Ainsi, 385 000 kilos de molĂ©cules anti-infectieuses avaient transitĂ© dans ces Ă©levages contre nature. Quelle quantitĂ© avait ensuite polluĂ© les eaux de l’OcĂ©an Pacifique Sud ?
En 2007-2008, un virus responsable d’une grave anĂ©mie a dĂ©cimĂ© les saumons, les survivants ayant ensuite connu un triste sort. On envisage, comme seule rĂ©action, d’implanter en d’autres lieux de nouvelles fermes aquacoles.
L’élevage des saumons pratiquĂ© en NorvĂšge avait utilisĂ© la mĂȘme annĂ©e environ 650 kilos d’antibiotiques. Quant aux Ă©levages implantĂ©s au Canada, en Grande-Bretagne et en France, les chiffres ne sont pas connus. Mais la pollution ne s’en exerce pas moins, Ă  des niveaux plus ou moins intenses, dans les mers du Nord et l’OcĂ©an Atlantique.
Durant les vingt annĂ©es Ă©coulĂ©es oĂč s’est pratiquĂ©e l’aquaculture, Ă  quel niveau a pu s’élever le taux de pollution ? Quels mĂ©faits en ont dĂ©jĂ  rĂ©sultĂ© ?

Ce constat montre que toutes les eaux douces ou marines ont Ă©tĂ© contaminĂ©es par l’inconscience et l’aviditĂ© des hommes. Toutes les formes de vie aquatiques voient sans cesse se modifier leurs conditions d’existence. Combien de temps se perpĂ©tuera encore ce redoutable phĂ©nomĂšne ?
Ainsi la Terre, belle et prĂ©cieuse, a Ă©tĂ© saccagĂ©e dans tous ses Ă©lĂ©ments par des hordes barbares ayant pour idole l’argent avec la puissance qu’il confĂšre.
Le remùde est aussi dans l’ñme des peuples
Comment mettre fin Ă  une telle situation qui conduit au dĂ©sastre ?
La premiĂšre dĂ©marche serait le retour de la mĂ©decine vĂ©tĂ©rinaire vers les ressources qu’offrent les flores mĂ©dicinales, la seconde serait de renoncer Ă  ces Ă©levages si pernicieux.
Mais le remĂšde est aussi dans l’ñme des peuples qui devraient retrouver une vision noble de l’Univers ainsi qu’un sens Ă©levĂ© Ă  donner Ă  la vie, quel que soit le chemin qui le porte.
Il y aurait aussi nĂ©cessitĂ© de revenir Ă  une juste sobriĂ©tĂ© qui permettrait le bien-ĂȘtre des vĂ©gĂ©taux, des animaux et des humains.
OĂč trouver des personnalitĂ©s charismatiques qui mobiliseraient les consciences et dĂ©clencheraient les initiatives dont l’urgence ne fait que croĂźtre ? Cela avant que des cataclysmes destructeurs n’obligent ensuite Ă  rebĂątir sur des bases qui, pour l’instant, demeurent imprĂ©cises.
L’humanitĂ© aura-t-elle la sagesse de rĂ©agir en un temps oĂč tout n’est pas encore dĂ©finitivement perdu, oĂč l’espoir est encore permis ?
Le 28.08.09
Dr Yvette ParĂšs
Professeur Ă  l’UniversitĂ© de Dakar de 1960 Ă  1992
Dr Ăšs-sciences
Dr en médecine
Directrice du centre de recherches biologiques sur la lĂšpre de 1975 Ă  1992
Directrice de l’HĂŽpital Traditionnel de Keur Massar (SĂ©nĂ©gal) de 1980 Ă  2003

Quelle antibiothérapie pour demain ?

L’antibiothĂ©rapie, au XXe siĂšcle, marquait un grand tournant dans la lutte contre les maladies infectieuses. Cette arme nouvelle semblait un acquis dĂ©finitif, la confiance rĂ©gnait. On ne pouvait imaginer les dĂ©sillusions qui allaient survenir
 Mais des solutions naturelles existent : les plantes antibiotiques sont nombreuses Ă  travers le monde, rĂ©pertoriĂ©es dans les mĂ©decines traditionnelles. Il reste Ă  Ă©laborer de vĂ©ritables traitements pour les maladies infectieuses les plus sĂ©vĂšres.
La prescription des antibiotiques et, en partie, celle de la pĂ©nicilline avait dĂ©butĂ© dans l’euphorie par de faciles et rapides victoires. De faibles doses terrassaient les germes infectieux. Mais survint un fait dĂ©rangeant. Au fil du temps les doses, pour ĂȘtre actives, devaient ĂȘtre renforcĂ©es.
Il fallut ensuite se rendre Ă  l’évidence : les antibiotiques, les uns aprĂšs les autres, perdaient leur efficacitĂ©, les germes ayant acquis rĂ©sistance et multirĂ©sistance. Le dernier acte de cette Ă©volution a Ă©tĂ© la survenue des maladies nosocomiales que les hĂŽpitaux ne parviennent pas Ă  Ă©radiquer. Ces lieux, considĂ©rĂ©s comme de haute hygiĂšne, sont devenus des concentrĂ©s d’agents bactĂ©riens qu’aucun des moyens mis en Ɠuvre par la mĂ©decine officielle ne parvient Ă  neutraliser.
Ainsi, aprĂšs avoir suscitĂ© les plus grands espoirs, l’antibiothĂ©rapie n’aura Ă©tĂ© qu’un feu de paille qui aura Ă©clairĂ© un court moment la mĂ©decine occidentale et laissĂ© ensuite en hĂ©ritage un champ dĂ©vastĂ©, oĂč les germes les plus virulents demeurent maĂźtres de la situation.
La parade illusoire
Les laboratoires pharmaceutiques, pour pallier ces difficultĂ©s, ont pris l’initiative « d’accrocher Â» certaines molĂ©cules aux produits anciens. Un exemple est donnĂ© par la pĂ©nicilline devenue aminopĂ©nicilline, carboxypĂ©nicilline, urĂ©idopĂ©nicilline. Des manipulations comparables ont affectĂ© d’autres antibiotiques. Mais rien n’a Ă©tĂ© rĂ©solu par ces produits « rĂ©novĂ©s Â», les phĂ©nomĂšnes de rĂ©sistance Ă©tant inĂ©luctables. 
On piĂ©tine dans les mĂȘmes orniĂšres, la mĂ©decine officielle n’aperçoit aucune lueur Ă  l’horizon.
La situation serait-elle dĂ©sespĂ©rĂ©e ?
La rĂ©ponse serait affirmative si l’on persĂ©vĂ©rait dans cette voie sans issue. L’espoir repose sur les richesses de la nature, les capacitĂ©s de ses flores mĂ©dicinales. Les plantes aux vertus antibiotiques sont nombreuses Ă  travers le monde. Elles sont utilisĂ©es depuis les temps anciens par les mĂ©decines traditionnelles d’Asie et d’Afrique pour le traitement des maladies infectieuses.
L’Europe est Ă©galement pourvue de ces plantes bĂ©nĂ©fiques mais le savoir les concernant a Ă©tĂ© en grande partie perdu. D’autre part, la formation universitaire au XXe siĂšcle est demeurĂ©e Ă©trangĂšre Ă  ce champ de connaissances. Fort heureusement, la phytothĂ©rapie et l’aromathĂ©rapie ont repris le flambeau. Leurs activitĂ©s trĂšs intĂ©ressantes constituent un dĂ©but prometteur mais il reste Ă  Ă©laborer de vĂ©ritables traitements pour les mladies infectieuses les plus sĂ©vĂšres.
Ce type de recherches devrait ĂȘtre menĂ© par des Ă©quipes de mĂ©decins et de pharmaciens qui, explorant les savoirs du passĂ©, parviendraient Ă  doter la mĂ©decine de demain de thĂ©rapies inĂ©dites autant qu’efficaces.
Inventaire des plantes antibiotiques d’Europe
Un certain nombre de plantes antibiotiques d’Europe sont connues dans les rĂ©gions tempĂ©rĂ©es et mĂ©diterranĂ©ennes. Mais les donnĂ©es sont incomplĂštes. Il importerait d’ajouter les espĂšces jamais citĂ©es des pays du Nord : Etats baltes, NorvĂšge, SuĂšde, ainsi que des pays d’Europe centrale et orientale. Ce grand inventaire ouvrirait de larges perspectives.
Les ouvrages de langue française mentionnent les plantes suivantes :
ail, alliaire, angélique, aunée,
bardane, basilic, bruyĂšre, buis, busserole,
camomille, capucine, chardon bĂ©nit, chĂȘne, chiendent,
eucalyptus, fĂšve des marais, fraisier,
genĂ©vrier, germandrĂ©e, petit chĂȘne,
germandrée aquatique, germandrée-sauge des bois, grande joubarbe
houblon,
laurier, lavande,
marrube blanc, mélilot, myrte, myrtille,
noyer,
pĂąquerette, peuplier, prunier
ronce, rose,
sarriette, sauge, serpolet, solidago, souci,
thym.

Aunée (Inula helenium)
L’art d’utiliser les plantes
ConnaĂźtre l’ensemble des plantes antibiotiques d’Europe constituerait un premier pas. Prescrites sous forme de « tisanes Â», elles pourraient se rĂ©vĂ©ler prĂ©cieuses mais tel n’est pas l’objectif visĂ©. Elles reprĂ©sentent les Ă©lĂ©ments de base pour l’élaboration de formules plus ou moins complexes.
La dĂ©marche suivante explique l’art de les associer selon les maladies infectieuses Ă  traiter et de dĂ©terminer les modes de prĂ©paration les plus efficaces. C’est ainsi que procĂšdent les mĂ©decines traditionnelles des divers continents.
On pourrait ainsi disposer de mĂ©langes de poudres, dĂ©coctions de plus ou moins longue durĂ©e, d’extraits alcooliques, d’huiles mĂ©dicamenteuses, de vins et vinaigres mĂ©dicinaux, etc.
On peut comprendre que ces associations apporteraient de grands avantages. Les plantes antibiotiques unissant leurs forces, mobilisant l’ensemble de leurs principes bĂ©nĂ©fiques, constitueraient une stratĂ©gie Ă  mĂȘme d’éviter les rĂ©sistances des germes et d’assurer une efficacitĂ© constante au fil du temps. Les agents infectieux peuvent rĂ©sister Ă  un seul produit adverse, pĂ©nicilline ou autre, mais ils sont terrassĂ©s sous l’attaque de muliples assaillants formant une grande armĂ©e.
Les réalisations en cours
Les recherches pour l’élaboration d’un art pharmaceutique adaptĂ© Ă  la mĂ©decine de demain ont Ă©tĂ© initiĂ©es. Elles demeurent pour l’instant inconnues.
Les formules phytothĂ©rapeutiques proposĂ©es pourraient apporter leur concours lorsque la situation au niveau des maladies infectieuses atteindra un niveau d’urgence tel que le retour Ă  la nature deviendra un impĂ©ratif absolu.
Il serait souhaitable que les recherches initiĂ©es prennent rapidement une grande ampleur dans tous les pays d’Europe, afin d’acĂ©lĂ©rer le renouveau de la thĂ©rapeutique envers les agents pathogĂšnes.
Les remĂšdes anciens
ParallĂšlement Ă  l’élaboration de formules nouvelles, il conviendrait de ne pas nĂ©gliger les remĂšdes anciens qui avaient fait leur preuve. On peut citer, en particulier, le vinaigre des Quatre-Voleurs d’un grand intĂ©rĂȘt au cours des Ă©pidĂ©mies de peste.
Un rĂ©pertoire devrait regrouper Ă  partir de toutes les pharmacopĂ©es d’Europe les prĂ©parations qui avaient connu autrefois une grande renommĂ©e.
Les huiles essentielles
L’aromathĂ©rapie, en ce dĂ©but du XXIe siĂšcle, prend un essor considĂ©rable. Cette thĂ©rapeutique, en quelque sorte redĂ©couverte, remonte aux temps les plus anciens.
Il y a 4000 ans, la Chine, l’Inde, la Perse pratiquaient la distillation des huiles essentielles. D’oĂč leur venait ce savoir ? Les Egyptiens faisaient grand usage des essences. En Europe, au XIIe siĂšcle, les Arabes pratiquaient Ă  leur tour l’extraction de ces remarquables substances aromatiques.
Le nombre des huiles essentielles connues Ă  travers le monde dĂ©passe les deux cents soixante. Elles ont fait l’objet de vastes Ă©tudes, plus de dix mille constituants ont Ă©tĂ© identifiĂ©s.
On peut citer les plus connues en Europe : ail, basilic, bergamote, camomille, citron, eucalyptus, genĂ©vrier, gĂ©ranium, girofle, lavande, menthe, niaouli, oignon, origan, pin, romarin, sarriette, sauge, thym.

Sauge (Salvia officinalis)
Propriétés des huiles essentielles
L’ensemble des H.E. sont anti-infectieuses. Mais certaines d’entre elles agissent plus spĂ©cifiquement sur une sphĂšre donnĂ©e : affections pulmonaires, intestinales ou rĂ©nales,
D’autres propriĂ©tĂ©s remarquables viennent s’y ajouter :
⊁ antivirales
 antifongiques
 antiparasitaires
 antiinflammatoires
 anticatarrhales
 antihistaminiques
 anticoagulantes
 immunorĂ©gulatrices
 antalgiques
 anxiolytiques
 insectifuges et insecticides
 dĂ©sodorisantes
 dĂ©sinfectantes des locaux (hĂŽpitaux et autres), etc.
Les H.E., par leurs capacitĂ©s trĂšs Ă©tendues, apportent des armes incomparables pour le traitement des maladies infectieuses et des symptĂŽmes et dĂ©sordres qui les accompagnent. Il apparaĂźt qu’elles auront un grand rĂŽle Ă  jouer dans l’antibiothĂ©rapie de demain.
Réflexions
1- La thĂ©rapeutique de la mĂ©decine du XXe siĂšcle, basĂ©e sur la chimie et les antibiotiques aborde le temps du sursis. L’Europe doit donc reconstituer l’équivalent d’une mĂ©decine traditionnelle – ou du moins ce qui pourrait au mieux s’en rapprocher – telle qu’en disposent les autres continents.
2 – Les mĂ©decines traditionnelles reposent sur une vision de l’univers et une approche globale du patient. La mĂ©decine de demain devra retrouver cette dimension.
3 – La mĂ©decine occidentale s’est voulue « rationnelle Â», « cartĂ©sienne Â», basĂ©e sur les symptĂŽmes extĂ©rieurs, les chiffres des analyses de laboratoire, l’imagerie de techniques avancĂ©es. Elle s’est ainsi dĂ©shumanisĂ©e, est devenue stressante, sans vĂ©ritable rĂ©confort pour les malades. Le retour prĂ©visible Ă  la nature, guidĂ© par la sagesse ou imposĂ© par la pression des impĂ©ratifs Ă©cologiques, devrait permettre d’écarter les dĂ©fauts de l’extrĂȘme rationalitĂ©.
4 – De grands bouleversements prĂ©cĂ©deront la mĂ©decine de demain. Ils atteindront aussi les enseignements mĂ©dicaux et pharmaceutiques dispensĂ©s dans les universitĂ©s.
Il importe de prĂ©parer la phase de transition afin qu’il n’y ait pas rupture de soins thĂ©rapeutiques, prĂ©judiciable aux patients. Le retour Ă  la nature devrait permettre Ă  la mĂ©decine occidentale de retrouver l’aura qu’elle a perdue et de rĂ©pondre ainsi aux attentes des patients.
Dr Yvette ParĂšs, 9 septembre 2009

Perles de sagesse

Pr Yvette ParÚs : Perles de sagesse. Editions Yves Michel

EntourĂ©e de praticiens de la mĂ©decine traditionnelle africaine, Yvette ParĂšs dĂ©couvre la puissance thĂ©rapeutique des plantes contre des maladies graves, notamment la lĂšpre. Au milieu de la brousse sĂ©nĂ©galaise, sa pratique s’Ă©loigne de la science occidentale pour tout rĂ©apprendre des thĂ©rapeutes traditionnels, formĂ©s de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration dans l’art de soulager et de guĂ©rir. Sous formes d’anecdotes, elle nous livre ses souvenirs : les rencontres, les bonheurs, mais aussi les difficultĂ©s auxquelles elle et son Ă©quipe ont Ă©tĂ© confrontĂ©s depuis la crĂ©ation en 1980 d’un Centre de Soins antilĂ©preux, devenu plus tard l’hĂŽpital traditionnel de Keur Massar. De la cueillette de noix de cajou dans un darkassou Ă  l’invasion d’abeilles lors d’un repas dans la brousse sĂ©nĂ©galaise, de la guĂ©rison de Petite Marguerite au patient mordu par un serpent, de la fĂȘte des AncĂȘtres aux grenouilles orphelines, Yvette ParĂšs dessine autant d’Ă©pisodes de la vie africaine pris sur le vif. Une introduction Ă  la philosophie de vie des Africains. Une grande leçon d’humanitĂ© pour nous.

Trésor des plantes médicinales

Le livre qui soigne du Pr Yvette ParĂšs

Dr BĂ©atrice Milbert – Lucie Hubert : TrĂ©sor des plantes mĂ©dicinales. Le livre qui soigne du Pr Yvette ParĂšs. Editions du Dauphin (Mars 2019)

195 plantes mĂ©dicinales – 40 pathologies Nouveau regard sur les plantes mĂ©dicinales et leurs innombrables trĂ©sors, ce livre pratique est le tĂ©moignage inĂ©dit du Professeur Yvette ParĂšs, scientifique de renommĂ©e internationale, premiĂšre au monde Ă  cultiver le bacille de la lĂšpre. ConfrontĂ©e aux limites des thĂ©rapies occidentales pour soigner cette maladie, elle dĂ©cou- vrit les potentialitĂ©s de la mĂ©decine traditionnelle africaine, Ă  la- quelle elle est initiĂ©e par un maĂźtre peul sachant associer plusieurs plantes afin d’assurer leur synergie optimale. C’est aprĂšs trente annĂ©es d’expĂ©rience mĂ©dicale au SĂ©nĂ©gal qu’elle dĂ©cide, en 1996, lors de son retour en Europe, de rĂ©diger un ouvrage thĂ©rapeutique basĂ© sur l’utilisation des plantes mĂ©dicinales d’Europe. Elle y transmet toutes ses formules (dĂ©coction, infusion, macĂ©ration, eaux miraculeuses, huiles mĂ©dicamenteuses, vinaigres mĂ©dicinaux, alcoolatures, etc.) pour soigner les maux de tous les jours ainsi que des maladies plus graves en rĂ©digeant d’innombrables fiches les concernant et leurs symptĂŽmes les plus divers.

La médecine africaine : une efficacité étonnante

Pr Yvette ParĂšs : La mĂ©decine africaine : une efficacitĂ© Ă©tonnante TĂ©moignage d’une pionniĂšre. Editions Yves Michel (en réédition)

Yvette ParÚs arrive à Dakar en 1960. Chercheur en biologie et médecin, elle parvient la premiÚre à cultiver le bacille de la lÚpre. Cependant les résultats obtenus auprÚs des malades la déçoivent.
Sa rencontre avec un grand maßtre guérisseur Peul, Dadi Diallo, change profondément son regard sur la médecine occidentale.

Elle dĂ©couvre la puissance thĂ©rapeutique des plantes africaines : rĂ©colte, prĂ©paration, prescription. La diffĂ©rence est fulgurante : d’un cĂŽtĂ© une mĂ©decine occidentale qui engendre beaucoup de mĂ©faits (germes rĂ©sistants, maladies infectieuses plus coriaces, maladies nosocomiales…) et de l’autre, une utilisation efficace des plantes africaines, une parfaite structuration des traitements, et des rĂ©sultats concrets !
La crĂ©ation de l’HĂŽpital Traditionnel de Keur Massar rĂ©habilite la mĂ©decine traditionnelle africaine. C’est cette fabuleuse aventure humaine qui nous est racontĂ©e. Et aprĂšs 20 ans d’activitĂ©, un bilan apparaĂźt : des rĂ©sultats remarquables des traitements antilĂ©preux ; prĂ©vention de la lĂšpre infantile, de diffĂ©rentes maladies infectieuses bactĂ©riennes, la tuberculose ; et aussi l’essor de la pharmacopĂ©e traditionnelle, la crĂ©ation d’associations de tradipraticiens…

«Notre souhait le plus profond est que ce témoignage porté sur la médecine traditionnelle africaine suscite de nouvelles conceptions et réalisations pour la santé du monde en mobilisant les savoirs, les intelligences et les coeurs dans un vaste mouvement planétaire. Ne serait-ce pas la meilleure des mondialisations ?».

Une expérience exceptionnelle qui ouvre de nombreux espoirs.

HOMMAGE A YVETTE PARES

Une grande dame vient de s’éteindre le 9 juillet dernier, et sa mort est passĂ©e presque inaperçue, non seulement en France, son pays natal, mais aussi au SĂ©nĂ©gal oĂč elle a pourtant passĂ© plus de quarante ans de sa vie, se consacrant sans relĂąche Ă  la santĂ© de tous. Cette grande dame, c’était Yvette ParĂšs, fondatrice de l’HĂŽpital traditionnel de Keur Massar en 1980.

Face au silence qui entoure sa disparition, il semble indispensable de rappeler Ă  tous l’Ɠuvre d’Yvette ParĂšs. Par oĂč commencer ? Ce fut tout d’abord une scientifique renommĂ©e sur le plan international. Docteur Ăšs Biologie et Docteur en mĂ©decine, chercheur au Cnrs, elle enseigna la Biologie Ă  l’universitĂ© Cheikh Anta Diop de Dakar de 1960 Ă  1992, et dirigea pendant dix-sept ans, de 1975 Ă  1992, le Centre de Recherches biologiques sur la lĂšpre. Elle fut d’ailleurs la premiĂšre au monde Ă  cultiver le bacille de la lĂšpre.

Comment cette scientifique française dĂ©couvrit-elle la mĂ©decine traditionnelle africaine ? Les recherches sur la lĂšpre menĂ©es par Yvette ParĂšs dans les annĂ©es 70 la conduisirent assez rapidement Ă  remettre en cause les thĂ©rapeutiques proposĂ©es par la mĂ©decine occidentale, qu’elle jugea dĂ©cevantes (rĂ©missions partielles, souffrances persistantes, etc.). C’est Ă  ce moment-lĂ  qu’elle fit une rencontre dĂ©cisive avec un maĂźtre peul, Dadi Diallo. La biologiste dĂ©couvrit alors que les plantes anti lĂ©preuses des tradithĂ©rapeutes se rĂ©vĂ©laient d’une grande efficacitĂ©.

Dadi Diallo accepta d’initier Yvette ParĂšs Ă  la mĂ©decine traditionnelle africaine. «Un vrai miracle», dira plus tard la scientifique, qui jugeait «extraordinaire que des thĂ©rapeutes africains aient fait confiance Ă  une Ă©trangĂšre». Il est vrai que le risque existait que des traitements soient rĂ©cupĂ©rĂ©s, «pillĂ©s» au profit de firmes pharmaceutiques occidentales


Pendant quinze ans, humblement, Yvette ParĂšs apprit auprĂšs de son maĂźtre l’art de la mĂ©decine et de la pharmacopĂ©e africaines : connaissance et cueillette des plantes, prĂ©paration des remĂšdes, etc. Et dĂšs l’annĂ©e 1980, avec Dadi Diallo, elle ouvrait un premier centre de soin pour les lĂ©preux, Ă  la campagne, loin de tout Ă  cette Ă©poque-lĂ . En 1985, l’établissement prit le nom d’HĂŽpital traditionnel de Keur Massar.

Cette structure, qui a redonnĂ© Ă  la mĂ©decine traditionnelle africaine ses lettres de noblesse, fut la premiĂšre de ce genre au SĂ©nĂ©gal et peut-ĂȘtre au monde.  Yvette ParĂšs l’a dirigĂ©e jusqu’en 2003, annĂ©e oĂč le grand Ăąge la ramena en France : elle avait alors 79 ans.

Depuis sa crĂ©ation, l’HĂŽpital a accueilli et soignĂ© des centaines de malades. Non seulement des lĂ©preux, mais aussi des personnes atteintes de tuberculose, de dermatoses, d’hĂ©patites, et depuis les annĂ©es 1980 du Vih-Sida. Sans oublier la plupart des pathologies relevant de la mĂ©decine gĂ©nĂ©rale : diabĂšte, asthme, sinusites, rhumatismes, paludisme, etc.  Les mĂ©decines traditionnelles, toujours Ă  base de plantes (phytothĂ©rapie) sont prescrites tant Ă  titre prĂ©ventif qu’à titre curatif. ParallĂšlement, les activitĂ©s de recherche ont toujours Ă©tĂ© menĂ©es pour trouver de nouveaux traitements aux nouvelles maladies qui apparaissent rĂ©guliĂšrement. Sans oublier les activitĂ©s sociales : scolarisation des enfants de lĂ©preux, par exemple.

A une Ă©poque oĂč la mĂ©decine occidentale se remet elle-mĂȘme en question sur bien des points (rĂ©sistance aux antibiotiques, effets secondaires frĂ©quents, coĂ»t Ă©levĂ© de nombreux traitements, etc.) et oĂč bien des personnes, en Europe ou aux Etats-Unis, se tournent vers les mĂ©decines dites parallĂšles ou alternatives, on ne peut que rendre hommage au travail pionnier d’Yvette ParĂšs et de son Ă©quipe de Keur Massar.

Les recherches et analyses d’Yvette ParĂšs n’ont, il est vrai, pas toujours reçu un Ă©cho positif. Selon elle, beaucoup de mĂ©decins et d’Etats africains Ă©taient trop «pris par le mirage occidental», autrement dit par l’idĂ©e d’une soi-disant supĂ©rioritĂ© de la mĂ©decine occidentale, pour accepter ses idĂ©es. MalgrĂ© ses compĂ©tences scientifiques indĂ©niables, elle fut aussi critiquĂ©e par des Ong d’aide aux lĂ©preux ou aux sidĂ©ens pour avoir osĂ© affirmer, preuves vivantes Ă  l’appui, que les mĂ©decines traditionnelles africaines proposaient des traitements efficaces contre ces maladies.

Pourtant, de grandes nations du «Sud» n’ont aucun complexe vis-Ă -vis de la mĂ©decine occidentale : en Chine, les malades sont soignĂ©s en grande partie dans des hĂŽpitaux traditionnels. Il en va de mĂȘme en Inde, oĂč la mĂ©decine ayurvĂ©dique, millĂ©naire, est toujours trĂšs pratiquĂ©e. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’opposer mĂ©decine occidentale et mĂ©decine traditionnelle, mais de puiser dans chacune d’elles ce qu’il y  a de meilleur, donc de ne pas regarder avec condescendance, voire avec mĂ©pris, la mĂ©decine traditionnelle. Le fait que le SĂ©nĂ©gal possĂšde une telle richesse thĂ©rapeutique, un tel savoir ancestral, devrait au contraire ĂȘtre une source de fiertĂ© pour les SĂ©nĂ©galais.

C’est sans doute cela que nous a appris Yvette ParĂšs. EspĂ©rons qu’un hommage plus officiel soit rendu Ă  cette scientifique qui a tant donnĂ© au SĂ©nĂ©gal.

Maryse BERDAH-BAH

VERS UNE MONDIALISATION BENEFIQUE LA RENCONTRE DES MEDECINES

Au cours du 20e siĂšcle, les pays d’Occident ayant puissance sur le monde ont créé des institutions sanitaires internationales oĂč seule a Ă©tĂ© admise la mĂ©decine «scientifique Â». Selon les conceptions de l’Ă©poque, ce caractĂšre lui confĂ©rait une incontestable supĂ©rioritĂ©. Les autres mĂ©decines, Ă©laborĂ©es sur des bases diffĂ©rentes, ne pouvaient ĂȘtre que nĂ©gligĂ©es.

C’Ă©tait oublier que science et thĂ©rapeutique ne sont pas obligatoirement liĂ©es et que les traitements ne montrent leur vraie valeur qu’aprĂšs avoir subi l’Ă©preuve du temps.

D’autre part, les connaissances scientifiques, aussi vastes qu’elles puissent paraĂźtre, ne sont que des Ăźles parsemĂ©es dans l’immense ocĂ©an de l’Inconnu. Avancer, en les ignorant, dans ces zones lacunaires conduit aux plus grands dĂ©boires. L’antibiothĂ©rapie, l’hormone de croissance, les thĂ©rapies gĂ©niques en offrent des exemples.

Il n’a fallu que quelques dĂ©cennies pour mettre en Ă©vidence les faiblesses et dangers des traitements prescrits par la mĂ©decine mondialement imposĂ©e.

Ses ambitions, louables au dĂ©part, lutter contre les grands flĂ©aux sanitaires anciens ou de survenue rĂ©cente, aprĂšs des succĂšs Ă©phĂ©mĂšres, n’ont connu que l’Ă©chec. Tuberculose, paludisme en particulier, loin d’ĂȘtre maĂźtrisĂ©s, ont Ă©tĂ© aggravĂ©s par l’apparition des rĂ©sistances et multirĂ©sistances. Leur caractĂšre pathogĂšne s’est considĂ©rablement accru.

Il en est de mĂȘme pour les affections bactĂ©riennes revenues en force et contre lesquelles on n’oppose que des armes Ă©moussĂ©es.

L’Ă©preuve du temps a montrĂ© encore, outre les effets indĂ©sirables immĂ©diats, les graves dĂ©sordres que pouvait entraĂźner ultĂ©rieurement la prescription des molĂ©cules issues de la chimie et qui ont nĂ©cessitĂ© les retraits de la vente.

Mais un autre Ă©lĂ©ment, de dĂ©tection rĂ©cente, vient encore assombrir le tableau. Il s’agit du caractĂšre polluant des mĂ©dicaments chimiques qui ont corrompu l’eau jusqu’aux rĂ©serves souterraines. 

Le constat prĂ©occupant appelle la rĂ©flexion. La mĂ©decine officielle peut-elle continuer Ă  gouverner seule la politique sanitaire mondiale? Les erreurs accumulĂ©es donnent elles-mĂȘmes la rĂ©ponse.

Deux attitudes sont Ă  envisager:

D’une part, la mĂ©decine scientifique devra impĂ©rativement rĂ©orienter sa thĂ©rapeutique et s’Ă©loigner du « tout-chimie Â». Elle sera contrainte de revenir aux ressources sous-estimĂ©es et qualifiĂ©es improprement « d’empiriques Â», celles qu’offre en abondance la nature avec ses flores mĂ©dicinales trĂšs diversifiĂ©es.

D’autre part, un comportement nouveau vis-Ă -vis des mĂ©decines traditionnelles pratiquĂ©es sur les autres continents s’avĂšre indispensables. 

Elles détiennent un vaste patrimoine thérapeutique accumulé depuis des origines incertaines.

A titre d’exemple, la mĂ©decine chinoise, selon les Ă©crits, dispose de plus de 

100 000 formules mĂ©dicamenteuses. Les mĂ©decines africaines sub-sahariennes, si l’on en juge par la mĂ©decines traditionnelle du SĂ©nĂ©gal possĂšdent sans doute, elles aussi, un nombre impressionnant de mĂ©dications pour les maladies des plus bĂ©nignes aux plus sĂ©vĂšres.

La mobilisation de tous les savoirs mĂ©dicaux de la planĂšte apparaĂźt comme la solution d’avenir et qui apporterait un changement profond et bĂ©nĂ©fique dans la situation sanitaire mondiale.

Un premier appel visant cette collaboration avait Ă©tĂ© lancĂ© en 1991 Ă  New York par Boutros Boutros Ghali, alors secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations-Unies. Il avait prononcĂ© son discours lors de la VIe journĂ©e mondiale du sida. Mais trop en avance sur son temps, l’appel ne fut pas entendu au Nord comme au Sud. S’il avait Ă©tĂ© suivi, la situation sanitaire Ă  travers le monde aurait Ă©tĂ© profondĂ©ment modifiĂ©e et le sida serait peut-ĂȘtre en voie d’ĂȘtre maĂźtrisĂ©.

Mais les difficultĂ©s qui ne cessent de s’accumuler vont sans doute conduire Ă  l’ouverture des esprits, Ă  une vision lucide des rĂ©alitĂ©s. On peut espĂ©rer que la rencontre des mĂ©decines, valeurs culturelles de tous les peuples, s’accomplira dans un avenir qui pourrait ĂȘtre non lointain.

DĂšs lors, une nouvelle Organisation Mondiale de la SantĂ© serait Ă  mĂȘme de voir le jour pour une efficacitĂ© toujours accrue dans les combats visant les grands flĂ©aux qui affligent l’humanitĂ©.

Un autre aspect mĂ©rite d’ĂȘtre retenu. Tous les peuples se sentant valorisĂ©s, un grand pas serait fait vers la paix.

L’union de toutes les intelligences, de tous les savoirs, de tous les coeurs, ne serait-elle pas la meilleure des mondialisations?

Août 2009

Dr Yvette ParĂšs

Professeur Ă  l’UniversitĂ© de Dakar de 1960 Ă  1992

Dr Ăšs-science

Dr en médecine

Directrice du centre de recherches biologiques sur la lĂšpre de 1975 Ă  1992

Directrice de l’HĂŽpital traditionnel de Keur Massar (SĂ©nĂ©gal) de 1980 Ă  2003